Le Signe Déchaîné

Le Magazine des Lettres de l’université Lumière Lyon 2

Portrait

Le portrait d’une femme qui suit ses rêves

Par Léa Jeanguyot

En septembre 2024, Sarah décide d’ouvrir son café-librairie. Après avoir été avocate pendant 23 ans, elle a décidé de tout quitter pour réaliser son rêve de fin de carrière.

C’est en me baladant dans les pentes de la Croix-Rousse que je suis tombée sur ce petit café-librairie, Relie Délivre, un nom qui m’a interpellée, dont elle m’expliquera la signification plus tard. En rentrant dans la librairie, je l’ai vu, elle, souriante et solaire. Sarah.

En parcourant la boutique des yeux, je suis tombée amoureuse. J’ai pensé : « Il faut que je parle à la personne qui a créé ça ». Je suis allée la voir, gênée. Elle m’a souri. Elle s’est fait un café. On s’est assise au soleil. Elle m’a raconté.
Elle s’appelle Sarah Fouilland Milleret, elle a 48 ans, elle est arrivée à Lyon il y a 7 ans. En septembre 2024 elle réalise le rêve commun de tout littéraire : ouvrir son café-librairie. Pourtant Sarah n’a pas fait d’études de lettres, n’a jamais eu un rapport professionnel à la littérature.

La nouvelle libraire était originellement avocate. Pendant 23 ans elle a défendu des causes qui lui tenaient à cœur. Mais un matin elle a décidé d’arrêter, de pas y retourner, pour pouvoir créer quelque chose de nouveau. Elle avait fait le tour, elle avait besoin de passer à autre chose. Elle rêvait d’une fin de carrière tournant autour du livre, mais aussi autour d’un lieu de rencontre. Et c’est ce qu’elle a réussi à faire, elle a pu créer un lieu à soi, qui la représente.

Elle commence à se pencher sur le projet en février 2024. À partir de là tout se passe très vite, elle trouve rapidement le lieu idéal, elle fait une formation de libraire de deux semaines, elle ouvre donc en septembre. De là naît Relie Délivre.

Je lui ai demandé pourquoi. Pourquoi Relie Délivre ? Elle m’a souri. Elle a joué avec les verbes « relier » et « délivrer ». Son lieu devait être un lieu de rencontre, de « tissage de lien », que ce soit avec les livres, avec soi ou avec les autres, il doit relier les gens entre eux, et il doit aussi relier les gens au monde. Mais cela doit aussi les délivrer : du temps, du rythme de la vie… Relie Délivre doit être un lieu sain, un lieu refuge. Un lieu où l’on se sent bien. Et en effet, on s’y sent bien.

Mais ce n’est pas qu’un lieu où l’on peut boire des cafés et regarder des livres : c’est aussi un lieu où l’on peut découvrir le monde. Sarah prône un engagement féministe, ainsi qu’une grande ouverture sur le monde qui nous entoure. Elle organise régulièrement des rencontres avec des auteurs, des lectures, ainsi que des ateliers d’écritures animés par des personnes extérieures. Ces évènements permettent de partager des visions du monde, de tisser des liens.

C’est parce qu’elle possède cette vision du monde que Sarah choisit elle même tous ses ouvrages, en mettant en avant les petites maisons d’éditions indépendantes. Elle veut des ouvrages de qualité, qui font réfléchir, qui remettent le monde en question. Elle ne se laisse rien imposer par les maisons d’éditions ou par les distributeurs. C’est pour cela qu’elle n’a pas énormément de livres : elle prône la qualité et non la quantité.

En souriant, le visage au soleil et un café dans la main, Sarah m’a dit qu’elle continuait d’apprendre tous les jours. Sur le métier de libraire, sur les gens, sur la vie.

Elle s’appelle Sarah Fouilland Milleret, elle a 48 ans, elle est arrivée à Lyon il y a 7 ans. Elle a décidé de tout quitter pour ouvrir son café-librairie seule. C’est une femme indépendante, cultivée, qui suit ses rêves.

J’ai remercié Sarah après notre échange. Elle est retournée travailler. Elle avait l’air heureuse.

Moi je la trouve courageuse Sarah.

Moi j’aimerais bien être comme Sarah plus tard.

Léa Jeanguyot

Ce texte a été rédigé en 2024-2025 et publié dans le magazine de la même année, dans la rubrique Demain à la une.

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