Je passai mon premier semestre en classe préparatoire
Où la cantine, à l’image du reste,
Fut une épreuve de tous les jours.
Pour une modeste somme excédant les quatre euros sans tarif boursier
– une invention pas encore parvenue aux oreilles de l’administration –,
Nous nous voyions proposer de délicieux légumes
Servis sur leur – pas si fine – couche d’huile
– Quand les légumes en question nous faisaient grâce de leur présence –
Servis par un personnel aussi aimable que ma grand-mère
Avant d’avoir consommé son café au petit-déjeuner.
Le dit personnel confondait régulièrement poisson et plante,
Le premier élément servant de principal substitut végétarien à la viande.
Quand je goûtai pour la première fois
Les fins mets du CROUS de Bron,
Ce fut une révélation.
J’en fus métamorphosée.
Un miracle divin fit que je n’eus pas encore à connaître
L’interminable queue qui s’étendait bien avant la porte
Du si populaire restaurant universitaire.
J’étais dans un premier temps confuse.
Une autre étudiante vint alors à mon secours,
Elle m’informa que les repas végétariens se trouvaient
À l’emplacement signifié par l’écriteau « poisson ».
Cela me rendit d’abord méfiante,
L’idée selon laquelle les craniates non tétrapodes
Ne seraient pas des animaux
Semblait décidément fort répandue.
Je n’avais pas remarqué l’affiche indiquant les différents menus.
Serait-ce du saumon ? Serait-ce de la truite ?
Serait un de ces nombreux poissons
Que je ne mangerai pas ?
Quelle fut donc ma joie lorsqu’on me servit des « bouchées végétales » !
Une joie accentuée par le prix que coûtait ce repas
Tout à fait décent et complet : un euro.
Vous devez désormais vous demander quels autres éléments
Accompagnaient ces boulettes.
À cela, je répondrai sans honte ne plus m’en souvenir.
Je ne pouvais en dehors du pain
Ni me rappeler les féculents, ni les légumes, ni le dessert
Qui se trouvaient sur mon plateau.
Je n’avais d’œil que pour ces précieuses bouchées.
Elles dominaient l’assiette.
Je pris une première bouchée et…
Oh diantre ! Oh ciel ! Oh Zeus !
Bénie je devais avoir été.
De multiples saveurs ravirent mon palais.
Les épices qui parfumaient les boulettes
Me firent chavirer.
Le repas fut donc tout à fait convenable.
J’achevai ainsi avec une certaine satisfaction
Ma première expérience culinaire
Au restaurant universitaire.