Ce texte est inspiré de l’essai Une chambre à soi de Virginia Woolf, une célèbre femme de lettres du XXe siècle.
Est-ce parce que j’ai commencé à inventer et à écrire un peu partout : dans mon salon, chez mes grands-parents, dans une chambre partagée…que j’éprouve autant de difficulté à me projeter dans une pièce à moi ? Un espace dédié à l’écriture ? De mon enfance jusqu’au terme de mon adolescence je profitais des instants de calme, des instants de solitude, pour me réfugier dans mon univers. Alors sans doute est-ce aussi parce que mon esprit divague vers des lieux imaginaires qu’il ne connaît pas d’idéal dans le monde réel.
Il se construit donc un jardin de pensées qu’il cultive tendrement. Un jardin secret, défendu. Un paradis où se réfugier, où chaque graine qui germerait deviendrait une plante exotique ou onirique. Au milieu de ce champ des merveilles se dresserait fièrement un arbre robuste. Mettons un chêne, ou un olivier peut-être. Un arbre solide quoi qu’il en soit, qui veillerait sur ses congénères. Au sommet de son feuillage touffu se cacherait une cabane en bois, voyez-y là la fantaisie de mon enfance citadine. Une construction très simple, rustique même. Une échelle serait là pour aider à grimper car, même s’il s’agit d’une rêverie, mon corps ne serait pas habitué à ce genre d’exercice.
Il faudrait que son intérieur soit très lumineux et, lorsque le soleil se coucherait épuisé, je serais toujours là armée d’une lanterne – il n’y a pas d’heure fixe pour écrire – à taper sur mon ordinateur. Oui, je taperais, puis prendrais plaisir à retranscrire certains fragments, que ce soient des poèmes, des aphorismes, des brouillons… À la main dans un cahier abîmé.
C’est un vieux rituel, indispensable pour traquer les imperfections. M’accompagnerait un léger fond sonore : musique classique, rock, podcast, même une chaîne d’informations pourquoi pas, tant que cela ferait comme un brouhaha grouillant de vie. En même temps je siroterais un fond de thé ou de café selon l’inspiration. Je serais assise au fond de la pièce face à un bureau, sur un fauteuil à carreaux avec accoudoirs, les lunettes glissant sur mon nez, avec autour de moi des dizaines de livres éparpillés un peu partout. Certains seraient rangés dans des étagères quelquefois, car même dans le chaos créateur il faut pouvoir y voir clair. Une myriade de documents divers et de post-it inonderaient le bureau, et commenceraient dangereusement à envahir l’un des murs. Il y aurait des dessins aussi, ceux de mes personnages, de mes décors… Qui viendraient fournir de la lave à mon volcan intérieur.
Quand j’aurais besoin de me ressourcer, j’irais me coller contre la fenêtre admirer les jeunes pousses croître à leur rythme, formant une mosaïque colorée sous mes yeux. Au loin j’apercevrais l’ombre d’une maison, le point de repère que je dois garder si je ne veux pas me perdre…