Traduit de l’anglais vers le français
Personne n’aurait pu la voir, courant à travers le champ, à travers de hautes et plus hautes herbes encore, couverte de terre, d’eau et de boue. Sous le ciel orangé, un orange amer, devenant acajou et bientôt aussi rouge que le sang, aussi sombre que des corbeaux, bien qu’il n’y en ait aucun ici, la petite souris courait. Le ciel était également chargé d’affreux nuages, stygien ; il allait pleuvoir, peut-être qu’il y aurait aussi de l’orage, mais de ça, la souris n’en avait pas conscience, elle ne faisait que courir.
En réalité, elle ne semblait aller nulle part spécifiquement, elle continuait d’aller, encore et encore, cachée par l’herbe d’un vivide corail écarlate qui emplissait le lieu, cherchant de la nourriture dans la terre infertile. Il n’y avait pas un endroit où la plante n’avait pas poussé comme de la mauvaise herbe, oubliée depuis longtemps, non entretenue, non désirée et sauvage. Elle semblait avoir gagné le combat contre les bouleaux encerclant la prairie, puisqu’ils étaient maintenant tous en train de s’effondrer comme une vieille mule, qui avait dû porter de lourds fardeaux jusqu’à ce qu’elle meure à son tour. Le long de la route abandonnée qui séparait la terre en deux se trouvait un poteau téléphonique avec des câbles coupés et un bois assombri.
Soudainement, elle s’était arrêtée et avait regardé autour d’elle avec un semblant d’intelligence, mais elle était vraiment en train de penser, non, de ressentir : « besoin de manger, besoin de manger, besoin de manger » avec un estomac noué et elle suivait des lignes de fourmis qui menaient jusqu’à la route. Elles allaient et venaient sur le trottoir fait de terre et de poussière, organisées, elles soulevaient les grains pourrissants d’un sac oublié. Elles portaient des graines plusieurs fois supérieures à leur taille, suivant des passages alambiqués de phéromones jusqu’à chez elles.
La souris n’avait pas de chez soi, il avait été détruit par un prédateur inutile et donc, sans nom, c’est pourquoi elle avait donc été en proie à la famine et avait dû lutter pour survivre pendant des semaines. N’importe qui n’aurait pas juste pu le deviner, mais le voir, que ce soit à cause de sa fourrure sale et de ses plaques ensanglantées ou, si vous la regardiez de plus près, de par ses côtes protubérantes, comme des bâtons enserrés par un matériau de plastique. Elle était trop petite pour son âge et se déplaçait bizarrement, se tordant avec beaucoup de difficulté pour se mouvoir.
Si elle avait eu l’intelligence pour développer de telles pensées, elle se serait dit : « j’ai désespérément besoin de nourriture. Dans un monde idéal, j’aurais cette chose que j’avais trouvée une fois, remplie de nombreuses ressources, peut-être avec un peu d’eau claire aussi, mais hélas, ces grains pourris feront l’affaire ! » Ils feront si bien l’affaire qu’elle emplit sa bouche d’autant de grains qu’elle le pouvait, comme un écureuil affamé, et s’enfuit plus loin sur le trottoir avant que les fourmis ne se tournent contre elle.