Je me suis réveillé nu, engourdi, entouré de bouts de verre et d’une flaque d’eau tiède. Le contact du carrelage froid me démangeait, trop brut, trop sec et râpeux. Je criais, mais mes poumons n’accédèrent pas à ma requête. Mes parents accoururent, m’enveloppèrent d’une serviette chaude et, dévisagé par leurs regards terrifiés, je fermais les yeux et réfléchis.
Que s’était-il passé ? Mes derniers souvenirs étaient flous ; je me réveillais, assoiffé, d’un sommeil agité. Péniblement, j’ai dû me lever, descendre les marches une à une. Mon pas était maladroit, lourd, mes jambes engourdies. Mais j’en avais l’habitude maintenant : depuis quelques jours maintenant, mon corps ne me laissait aucun répit. Céphalées aigues, maux de ventre, jambes lourdes et dos douloureux : tout y était passé. La salle de bain était le seul endroit où mon enveloppe charnelle retrouvait un semblant de paix : l’humidité qui y régnait agissait comme un baume.
Je fis couler un mince filet d’eau et penchai ma tête. Le liquide entra en contact avec mes lèvres pendant que je laissais échapper un gémissement, soulagé. Ma main glissa à deux reprises sur le robinet quand je voulu couper l’eau. Je m’appuyais contre le rebord du lavabo et mes yeux rencontrèrent ceux de mon reflet. Soulagé, et calmé par les gouttes du liquide ingéré, je promenais mon regard sur mon corps à demi nu. J’avais maigri, pensais-je. Les os de mes côtes ressortaient. D’ailleurs, j’avais l’impression d’en avoir bien trop, et des bien trop petits. Et là, sous ma côte droite ? Une tache verdâtre, en relief. Je me grattais et fus étonné de la texture de ma peau, molle et glissante. Je voulus toucher ma côte mais mes os plièrent légèrement sous mes doigts. Paniqué, je ne reconnaissais pas mon corps et le toucher me dégoutait. Je relevais mon regard vers mon double. La partie droite de mon visage était couverte de ces plaques verdâtres, qui reflétaient la lumière des ampoules. Mon œil était globuleux et vide. Effrayé, je reculais précipitamment. Mes jambes lâchèrent, je m’écroulais de tout mon long sur le sol lustré de la pièce. Mais je ne ressentis aucune douleur, mon corps mou et visqueux émis un son vaseux au contact du carrelage. Je n’arrivais plus à respirer, et, en portant mes mains à ma gorge, je sentis deux fentes, de part et d’autre de celle-ci. J’émettais des sons repoussants de succion et des râles plaintifs. Tout mon corps était en feu, et je glissais sur le carrelage lustré de la salle de bain, en me tordant de douleur. Cette dernière ne fit que s’amplifier lorsque je sentis mon dos s’ouvrir en deux, transpercé par une nageoire difforme. Mes doigts se joignirent, mes bras rapetissèrent dans un craquement inhumain de mes os. Mes yeux se brouillaient d’une brume opaque. Puis plus rien.La suite me fut racontée par mes parents : alertés par mes cris, ils se précipitèrent dans la pièce pour y trouver un poisson difforme, au corps verdâtre, gluant et boursouflé, tressaillant par manque d’oxygène. Ils m’ont placé dans le vieil aquarium de la famille, avant que ce matin je ne retourne à ma forme humaine. Mais, je le sentais bien, au fond de moi, quelque chose avait profondément changé.
« Ça va recommencer », dis-je dans un souffle.