Le Signe Déchaîné

Le Magazine des Lettres de l’université Lumière Lyon 2

Nouvelle

Éclats de lumière

Par Lilas Mollier

Le Héros est le représentant masqué des Hommes et le Monarque, le souverain de leurs ennemis. Les deux hommes se rencontrent en duel à chaque pleine lune depuis trois ans. Ce soir, pourtant, en haut d’une tour dans le palais dans lequel ils se battent, le Monarque refuse de partager l’échange et se débarrasse du Héros pour cette nuit.

Mon souffle se coupa, mes pieds quittèrent le sol et j’attrapai les mains du Monarque autour de ma gorge alors qu’il serrait le cuir. Les larmes me montèrent aux yeux et j’inspirai par à-coups en frappant ses poignets pour qu’il me lâche.

— Tu veux vraiment que je te lâche ? ricana-t-il devant moi.

Il jeta un regard vers le bas et fit semblant de grimacer de douleur.

— Ce ne sera pas très agréable, dit-il d’une voix faussement compatissante, tu risques d’en avoir pour la nuit à guérir avant de pouvoir de nouveau bouger. Voir même plus, mais tu n’en mourras pas…. je crois.

Mon dieu je voulais le tuer, je voulais le frapper jusqu’à ce qu’il arrête de sourire. Je voulais-

— Ne me regarde pas comme ça, susurra-t-il avec violence alors qu’il ne voyait pas mes yeux, je ne veux pas me battre aujourd’hui. C’est une bonne alternative pour que tu me fiches la paix non ?

Alternative mes dieux oui ! Pourquoi il ne voulait pas se battre ce soir hein ? Comment ai-je pu être dans une situation si critique en si peu de temps cette fois-ci ?

Il desserra un peu sa prise sur ma gorge prêt à me lâcher, mais il pinça les lèvres comme si ce n’était pas assez amusant pour lui. Il rentra de nouveau dans la salle des vitraux, me tenant toujours au-dessus du sol et se décala de façon à ce que le mur de verre soit derrière moi et me sépare du vide.

Oh mes dieux, je savais ce qu’il voulait faire. Il voulait toujours me balancer dans le vide, mais à travers le mur ! Forcément, pour son plaisir sadique, c’était bien plus satisfaisant.

Je jetai mes jambes vers l’avant pour crocheter son bras ou me rattraper vers la pièce mais il m’en empêcha aisément en attrapant simplement l’une de mes chevilles.

— Ah non, pas ce soir…

— Espèce de-

Puis je me sentis projeter vers l’arrière.

Je mis mes bras devant mon visage pour me protéger et le choc contre les vitraux me coupa un peu le souffle avant que je ne sente l’air frais de la nuit s’infiltrer sous mon armure et le vide dans mon dos.

Le verre éclata en un million d’éclats colorés et commença sa chute avec moi. Je rouvris les yeux et vis le Monarque, les bras croisés sur le bord de la pièce, rapetisser petit à petit alors que je gardais ma bouche close. Je ne ferais aucun son.

Le sourire vicieux qu’il avait me disait qu’il n’attendait que ça. Que je hurle.

Mais alors que l’air autour de moi me fouettait à mesure que je chutais plus vite, je levai le regard vers la lune et les morceaux de vitraux qui tombaient eux aussi. Les rayons argentés passaient au travers et brillaient de différentes couleurs.

C’était comme des éclats de lumières dans cette nuit si sombre.

Puis je fermais les yeux.

Oh ma Déesse, j’allais avoir si mal.

Je protégeais ma tête comme je pus, retins mon souffle.

Puis le choc.

Et la souffrance.

Lilas Mollier

Ce texte a été rédigé en 2024-2025 et publié dans le magazine de la même année, dans la rubrique Il était une fois.

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