Le Signe Déchaîné

Le Magazine des Lettres de l’université Lumière Lyon 2

Expérimentation

La réclame du colporteur

Par Chloé Néant

Ce texte a pour but de promouvoir un livre choisi par l’étudiant•e en se mettant à la place d’un colporteur, tout en donnant les informations essentielles comme l’édition ou la biographie de l’auteur.

Hey, gamin ! Hey, Mam’zelle ! V’nez yeuter c’que j’ai dans ma mallette. Une vraie pépite ! J’en ai des frétillements dans mes guiboles. Le théâtre, ça vous cause ? L’art des saltimbanques ? Ben voyez ce bouquin-là c’est du théâtre ! Mais attention, j’vous parle pas de n’importe quelle pièce. C’est du Schmitt ! Éric-Emmanuel de son petit nom. Un grand érudit ce gars-là. Il a autant de cordes à son arc que de doigts à ses mains : romancier, scénariste, nouvelliste, réalisateur… Et dramaturge. Ah ça, il en a griffonné du papier dans ses jeunes années, c’est au lycée qu’il a joué ses premières pièces. Depuis, le bambin en a côtoyé des gens d’la haute : Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, Académie Goncourt et tout le toin-toin ! Il a même pris la direction du théâtre Rive gauche à Paris. Voyez, j’en paie pas d’mine comme ça mais j’m’y connais dis donc. Ça vous en bouche un coin, hein ? Bref, Monsieur Schmitt a pris du galon mais ça veut pas dire qu’il a oublié l’essentiel ; le théâtre appartient à tout le monde. À vous tous dans c’village, et même à moi avec mes vieilles bretelles et mes grands airs. Sachez donc que ce livre, La Nuit de Valognes vous intéressera autant que moi.

Attention voyage dans le temps, gardez grandes ouvertes vos écoutilles. Notre bon vieux Schmitt, il écrit ça en 2004, mais son personnage, Don Juan, est inspiré d’une pièce de Molière. Le nom vous dit rien ? Moi non plus ça m’parlait pas mais j’ai poussé loin mes p’tites recherches. Ben oui, j’suis un colporteur consciencieux moi. Monsieur de la Molière était donc, paraît-il, un dramaturge du XVIe ou du XVIIe siècle peut-être. Il a même eu son p’tit succès à son époque à c’qui paraît.

Sauf que pour rajouter du piment, l’histoire dont nous parlons se déroule au XVIIIe siècle. Ah le temps du libertinage, des vices, du marquis de Sade… Tout un programme. Car oui, vous ne le savez pas encore, mais le fameux Don Juan, c’est un sacré gaillard ! Il couche à droite, à gauche, surtout en Espagne où il cumule mille et trois conquêtes, laissant derrière lui autant de cœurs brisés. C’est là qu’ça devient intéressant. Chez Molière, les victimes du coureur de jupons n’ont pas vraiment d’identité, rien niet nada, elles servent à rien en fait, sauf peut-être une certaine Elvire… Passons ! Là j’vous parle d’un véritable retournement de situation, coup de théâtre comme disent les amateurs. Imaginez un château miteux, avec à l’intérieur cinq femmes dupées, trompées, meurtries… Et qui veulent se venger. Ça claque n’est-ce pas ?

Bon le projet de départ c’est de piéger Don Juan, de faire son procès, lui faire payer ! Chantage, humiliation, tous les coups sont permis ! Ah, je vois à vos mines réjouies que j’ai attisé votre curiosité. Ouais sauf que ça va vite tourner au vinaigre. Les anciennes victimes sont encore à moitié amoureuses de cette ordure et, j’vais pas vous mentir, c’est à mourir de rire. Elles finissent quand même par se mettre d’accord et la sentence est la suivante : Don Juan doit se marier ! Oui mais avec qui ? Eh ben la p’tite Angélique, la filleule de la duchesse de Vaubricourt, la maîtresse des lieux. L’ennui c’est que Don Juan, l’insatiable Don Juan, accepte sans broncher ! Pourquoi ? Ah vous pensiez m’avoir mais pour connaître la vérité il faudra lire mon livre. La seule chose que je peux vous divulgâcher c’est que sous ces beaux airs d’arrogance se cache un petit cœur qui bat, et ça on l’aura pas vu chez Molière ! Ah ah !

Alors, des intéressés ? Le désir de savoir vous tenaille les entrailles ? Oui Madame !  Niveau bricoles pratiques j’peux vous dire que cette pépite vous coûtera la modique somme de 5,40 €, comporte 160 pages et fera le bonheur de vos marmots ! Éditions Magnard, collection « Classiques & Contemporains », mon exemplaire comporte même un dossier complémentaire pour approfondir sa lecture, idéal pour un lycéen en train de réviser son bac… et autres foutaises. Oh j’dis pas ça pour dénigrer, tant s’en faut, mais moi j’ai pas eu besoin de ça pour profiter. Alors, vous me l’achetez ? Madame ?

Chloé Néant

Ce texte a été rédigé en 2024-2025 et publié dans le magazine de la même année, dans la rubrique Le laboratoire.

Plus de publications