Émile Lecomte, 20 ans, photographe, évoque l’intimité, le social et sa vision du bonheur à travers la meilleure invention de ces derniers siècles : l’appareil photo. Et pas n’importe lequel : l’argentique.

Qu’est-ce qui t’as amené à faire de la photo argentique ?
La photo argentique est venue grâce à mon père qui pratiquait quand il avait mon âge. Il ne se sentait pas bien s’il n’avait pas de quoi développer les images. Pendant le confinement il m’a transmis le savoir du développement et du tirage. Notre salle de bain est devenue notre labo et on a ainsi pu faire beaucoup de tirages. Je pense que c’est mieux de commencer par l’argentique, ça permet de mieux capter les bases de la photo, d’apprendre la valeur d’une image. J’aime réfléchir à l’image que je vais capturer avant d’appuyer sur le bouton.
Comment as-tu réussi à te créer un réseau en tant que jeune débutant ?
Depuis la fin du lycée, je tente chaque année le concours de la CinéFabrique à Lyon. C’est un concours plutôt compliqué et je n’arrive jamais à passer la troisième épreuve. Cependant, y participer m’a fait rencontrer des tas de gens super, qui aujourd’hui sont devenus mes amis et de très bons conseillers. Il y avait aussi à Béziers le festival Les Chapiteaux du Livre regroupant toutes sortes d’artistes. Ma mère voyant grandir mon intérêt pour la photo m’a alors parlé de l’association La Spire qui se situe vers Béziers qui tourne autour de cet art. Je suis devenu adhérent, le plus actif même (rires), et grâce à eux j’ai pu réaliser mes premières expos dans leurs locaux.
Comment fais-tu pour mener à bien tes projets personnels, toujours en tant qu’ « amateur » ?
Mon premier court-métrage j’ai dû le sortir en troisième. Toujours pendant le confinement, je sortais avec mes amis dans une carrière de marbre désaffectée qui a servi à mes tout premiers projets. Ce lieu revient beaucoup dans mon travail par sa valeur émotionnelle et sa beauté. Par ailleurs, mes projets viennent aussi beaucoup par la musique, je m’imagine des images quand je mets mes écouteurs et les idées arrivent par la suite. J’ai souvent une seule image en tête ; les séries apparaissent sur le moment.
Qu’est-ce ça t’apporte ?
L’existence, une confiance et une libération. Depuis que j’ai commencé, la photo me permet d’exister, de m’exprimer. C’est une addiction, voilà c’est ça. Malgré les clichés qui disent que concevoir une œuvre, c’est libérer son esprit et tout ce qu’on a au plus profond de soi etc., je pense qu’avec le temps, je m’accorde avec cette façon de penser. Quand je photographie, je cherche à représenter la vision que j’ai de la beauté le plus fidèlement possible. J’ai envie que les gens se sentent bien en regardant mes photos et pour moi c’est vraiment du pur « kiffe » de partager ça.
En tant que jeune photographe, comment fais-tu pour que les « professionnels » et les adultes te prennent au sérieux dans ton travail ?
Ça dépend… Je sais ce que je vaux et où j’en suis, alors souvent j’y vais au culot. Il ne faut pas en abuser et délimiter la ligne à ne pas dépasser. Si je pense avoir le niveau de proposer un projet, et que les grands de ce monde ne me prennent pas au sérieux, c’est leur problème, moi en attendant je suis sûr de pouvoir mener à bien mon projet. Avec ou sans eux. Connaître son travail est super important avant de proposer quoi que ce soit. Être pris au sérieux, c’est un tout : il est nécessaire de bien s’exprimer afin de se vendre le mieux possible, de savoir où on va et surtout avoir confiance en ses capacités. Toutefois, il y a toujours des gens qui n’arrivent pas à comprendre qu’à mon âge, je puisse faire ça.
Comment définirais-tu ton travail en deux, trois mots ?
Je dirais que mon travail touche à la fois au social mais aussi aux côtés intimes de mes sujets.