Le Signe Déchaîné

Le Magazine des Lettres de l’université Lumière Lyon 2

Expérimentation

Mauvaise journée

Par Léane Naceri

L’originalité de ce texte tient du fait qu’il s’adresse directement à un « tu ».

Le téléphone a sonné ce matin. Tu as décroché, ta curiosité à peine contenue, car ton mari n’est pas rentré depuis trois jours. Tu as signalé sa disparition après une nuit d’angoisse durant laquelle tu t’es imaginé une multitude de scénarios. Est-il parti pour tout recommencer avec une deuxième famille qu’il aurait eue avant toi ? Peut-être l’a-t-on enlevé ? Il est là, quelque part, attendant qu’on le délivre, parce qu’en vérité, il trempe dans quelque chose de louche… Non ! Ça ne lui ressemble pas. Un sourire se dessine sur ton visage lorsque tu l’imagines faire quelque chose d’illégal. Impossible, venant d’un homme aussi peureux. Tu imagines aussi qu’en réalité, il est mort. Et que c’est toi la coupable. Après des années de vie commune, tu en as eu marre de lui. Tu as fini par le frapper. Très fort. Ensuite, tu t’es débarrassée de son cadavre. Tu sais que la police te soupçonnera, mais il est agréable de vivre seule à nouveau après toutes ces années. La sonnerie persistante du téléphone te coupe dans tes réflexions. Tu décroches, le cœur battant. La déception est grande : il ne s’agit que de ta mère, qui prend des nouvelles. À 5h30 du matin. Sa voix criarde te perce les tympans. Tu devrais raccrocher. Tu sais très bien que si tu continues à l’écouter, le début de ta journée sera gâché. Alors, c’est ce que tu fais. Tu lui raccroches au nez. Tu as bien fait. Il fait nuit noire, le froid fait trembler ton corps. Tu t’éloignes du téléphone et arrives dans la cuisine. Le carrelage est glacé. Tu te demandes si retourner au lit n’est pas la meilleure idée que tu pourrais avoir aujourd’hui. Retourne au lit, tu y seras tellement mieux ! Mais finalement, tu décides de te préparer pour aller travailler. Tu aurais mieux fait de rester sous la couette. Malheur ! La journée promet d’être impitoyable. Le café peine à te réveiller, et aujourd’hui, son goût te semble particulièrement infect. Ce n’est que le début…

Léane Naceri
Téléphone accroché au mur

Ce texte a été rédigé en 2024-2025 et publié dans le magazine de la même année, dans la rubrique Le laboratoire.

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