Samedi 25 décembre 2021
Cher toi,
Sais-tu ce que ça fait que de passer mon premier Noël sans toi ? Je t’ai acheté un cadeau : un cactus, comme tu les aimais tant. Comme une sentinelle muette, il est installé sur la fenêtre de la cuisine dans laquelle tu as un jour concocté de bon plat en ma compagnie. C’est lui qui célébrera encore et encore notre amour, même si tu n’es plus là.
Je suis allé fêter Noël dans ma famille. Il n’y avait rien de plus ennuyeux que ce jour, sans un message de toi, sans un cadeau de toi, et sans toi pour faire rire la famille. Alors je suis restée assise au milieu des rires, des souvenirs échappés et des débats insignifiants, à penser à toi, que personne ne mentionne, comme si tu n’avais jamais existé. Comment les gens réussissent-ils à passer aussi vite à autre chose ? Puis, je suis rentrée chez moi, je me suis installée sur le canapé. J’ai regardé un film et je me suis imaginée comment aurait été noël si tu avais passé une année de plus en ma compagnie. Je t’ai imaginé. Toi, ton rire, tes bras, tes cadeaux absurdes et précieux.
Ta mère m’a invité à prendre la bûche de noël mais je n’ai pas répondu. Pardonne-moi. C’est encore bien trop douloureux et je sais qu’elle ne m’en veut pas. J’espère que toi non plus.
Je t’aime, toi.
Samedi 8 janvier 2022
Cher toi,
Aujourd’hui je suis allé voir Monsieur Zboro. Comme tu le sait, la séance n’a tourné qu’autour de toi :
« Il faut que tu l’oublies et que tu passes à autre chose » m’a-t-il dit.
Mais comment pourrait-il comprendre la souffrance qui m’habite depuis que tu es parti ? Comment oublier quand chaque battement de mon cœur porte ton absence ? Je pense qu’il me prend pour une folle de t’écrire, mais il n’y a qu’en le faisant que je peux continuer à te faire vivre, car tu le mérite. Tu mérites de rester vivant dans mon cœur, au moins ça.
Je n’ai pas fait grand-chose ces temps-ci. Le travail ne m’intéresse guère. Servir des bières à longueur de journée à des ivrognes inconnus ne m’enchante pas vraiment. Je préférerais que tu sois là. Que tu passes la porte du bar comme avant, avec ce sourire un peu moqueur et que tu me soudoies une bière gratuite. Mais la porte ne s’ouvre jamais.
Tu n’entends rien de tout cela, je le sais.
Je t’aime, toi.
Samedi 12 février 2022
Cher toi,
Ça commence à faire long. Aujourd’hui est un jour particulier. Trois-cent-soixante-cinq jours. Douze mois. Un an. Un an sans toi et je suis toujours là, à attendre un signe. Quand est-ce que tu te manifesteras ? Probablement jamais, je le sais, mais je ne veux pas être lucide. Non. Le déni me convient bien. Je préfère rester dans nos souvenirs car ils sont aussi douloureux que réconfortants. Oui, je préfère la douleur au vide de l’oubli.
Je n’ai rien à dire de plus.
Je t’aime, toi.
Samedi 19 mars 2022
Cher toi,
Pardonne d’avance la cruauté avec laquelle je vais t’écrire aujourd’hui, mais mon cœur est lourd et fragile. Pourquoi es-tu parti ? Pourquoi m’as-tu abandonné après m’avoir juré de ne jamais me laisser ? Je ne peux m’empêcher de t’en vouloir. Je ne peux m’empêcher d’imaginer quelle aurait été notre vie si tu n’avais pas déserté. Quelle aurait été notre vie si cet accident n’était jamais arrivé ? Est-ce que nous nous serions mariés ? Est-ce que nous nous serions disputés pour choisir la décoration de notre maison ? Ou parce que j’aurais voulu un chat et toi non ? Je ne peux effacer ces pensées de mon esprit. Pourquoi ? Pourquoi suis-je tombée amoureuse de toi ? Pourquoi ai-je fait ce choix ? Après tout, l’amour est un choix, et aujourd’hui, jamais plus je ne pourrai donner ce que je t’ai donné. Mon cœur tout entier est parti dans tes yeux. Aujourd’hui je me retrouve seule, au milieu de la nuit, à chercher ce que je vais bien pouvoir faire de toutes nos promesses avortées, nos projets réduits en cendre.
Je t’aime, toi.
Samedi 2 avril 2022
Cher toi,
Je ne sais pas. Je ne sais plus.
Que dire ? Un jour je t’en veux, un jour je te veux. Un jour je te déteste, un jour je t’aime. Un jour je t’oublie, un jour je t’attends. Voyons, est-il normal à mon âge de perdre l’amour de sa vie ? Je n’en suis pas sûr. Pourtant, c’est à moi que ça arrive. Et à toi. Comment te sens-tu là-bas ? J’aimerai tant le savoir. Que vois-tu ? La lumière ? Les anges ? Ou le néant ? La vie est-elle plus belle ? Vois-tu le monde tout en blanc comme ce qu’on pourrait appeler « le paradis » ?
Dis-moi. Réponds-moi. D’un petit signe, juste, ou d’un simple murmure.
Je t’aime, toi.
Samedi 14 mai 2022
Cher toi,
Je dois prendre du recul. Je vais mal. Je me sens vide. Vide de sens, vide de pensées, vide de toi. La réalité de ta disparition est encore difficile à accepter. Il y a tant de choses que j’aurai aimé te dire, des mots d’amour, de pardon, de gratitude. Mais la vie, ou plutôt la mort, ne m’a pas laissé le choix de les prononcer. J’aurais voulu te dire au revoir et te dire ô combien tu as compté pour moi. J’aurai tellement aimé que tu me serres une dernière fois dans tes bras. Oui, une dernière étreinte, juste une dernière fois. Un dernier Je t’aime, juste une dernière fois. Si j’avais su la date de notre dernier baiser, je l’aurais prolongé de façon qu’il devienne une éternité.
Puisses-tu savoir à quel point je t’aimais et à quel point je t’aime encore.
Mais, je dois prendre du recul car ce qui résonne n’est plus que vide, absence, silence.
Pardon.
Je t’aime, toi.
Samedi 06 août 2022
Cher toi,
Il y a longtemps que je ne t’ai pas écrit. Il y a longtemps que je réfléchis à tout ça.
Monsieur Zboro avait raison. Est-ce bon pour moi de continuer à te faire vivre à travers quelques bouts de papiers ? Est-ce bon pour moi d’imaginer qu’un jour tu me fasses un signe ? Il faut que j’arrête. Je dois poursuivre ma vie. Je ne peux pas t’oublier mais je dois apprendre à vivre avec, ou plutôt apprendre à vivre sans toi. Alors je t’en prie, pardonne-moi. Pardonne-moi d’arrêter de t’écrire, pardonne-moi de te ranger à double tour dans une commode. Mais je dois faire un choix entre continuer de souffrir en écrivant à un journal que j’imagine être toi ou continuer de souffrir et poursuivre ma vie, qui je l’avoue, sans toi n’a plus le même goût.
Je te réécrirai peut-être un jour, peut-être demain, peut-être dans quelques années. Ou peut-être que non. Non, je ne te réécrirai plus. Pardonne-moi, je t’en prie. Je vais fermer ce journal. Je vais le faire. Je dois le faire. Mais quoi qu’il arrive, sache que je t’aime.
ROMÉO
Un dernier regard, mes yeux.
Une ultime étreinte, mes bras.
Et vous, mes lèvres, seuil du souffle vital, qu’un baiser nuptial vous scelle.
Je t’aime, toi.