Le Signe Déchaîné

Le Magazine des Lettres de l’université Lumière Lyon 2

Nouvelle

La malédiction du ­capitaine

Par Agathe Coursac

Capitaine est emprisonné dans le désert depuis que lui et son équipage ont osé attaquer un monstre marin sous la protection des divinités. Tandis qu’il cherche un lieu pour préparer la cérémonie annuelle destinée à son équipage regroupé en une constellation dans le ciel du désert, il décide d’aider une princesse et sa dame de compagnie. Cette scène est le chapitre dix, avant celui-ci les divinités ont envoyé une entité spatiale pour les pousser à abandonner l’objectif de rejoindre le nord, leur proposant plusieurs “cadeaux”. C’est le désert lui-même qui intervient pour remettre le trio sur le bon chemin alors que la tentation est pourtant forte.

Désert, l’entité fluide a pris la fuite, elle semble disparaître à son tour entre les millions d’étoiles.

Désert c’est un goût amer qui se fait sentir, alors que tant d’offres ont été montrées, mais le trio reprend son train de vie dans leur traversée désertique, entre gâteaux secs et chants galactiques.

Désert, il a été, il y a longtemps, théorisé que les sons mélodiques qu’on entendait sous la nuit étoilée provenaient des divinités, exprimant leur impressionnant langage intraduisible pour l’ouïe mortelle mais sublime. Pourtant, il est connu aujourd’hui que ce bruit ne vient pas des voix créatrices, mais simplement des sphères pétillantes émettant sur de grandes distances leurs fréquences constelliques.

Désert, de l’autre côté de la planète, pas loin des nombreux flots, un royaume semble prospère. Son histoire s’étale sur plusieurs siècles présentant grandeur et légitimité d’être.

Désert, la stabilité est là mais non durable, une création destructrice est à l’œuvre tandis que le monde semble basculer vers des machines mécaniques, consommant petit à petit les vieilles charrettes et les nombreuses mains d’œuvres. Le royaume au drapeau bleu et rose cherche alors l’aide de son voisin, au château vert.

Désert, les deux royaumes savent, le temps avance et un jour il dépassera ceux n’ayant pas eu le temps et les moyens d’évoluer. Ainsi, contre l’offre des nouvelles machines, c’est la main du fils que le roi au château vert demande pour sa propre fille. C’est pourquoi la princesse du haut de ces vingt-deux ans et demi, dû par force vêtir le bijou de fiançailles d’un homme inconnu.

Désert, c’est une semaine après cette affaire que celle-ci retira l’anneau pour celui de sa dame de compagnie, et qu’elle vint à décider de s’enfuir avec elle.

Désert, au retour du roi suite à un banquet dans un autre pays voisin, le château n’avait pas encore conscience que dans la nuit, par l’aide du prince, sa sœur avait disparu. De rage, le souverain avait alors juré sur les êtres éternels de la retrouver, et c’est par miracle que des volatiles lui avaient répondu.

Ciel, toi bleu ou nocturne dis-moi depuis combien de temps observes-tu les chemins qu’arpente la cavalerie ? Combien as-tu senti de battements d’ailes dans ton vaste espace du royaume près de la mer jusqu’au désert ?

Ciel, as-tu été surpris du tumulte des nombreux oiseaux qui ont tourné autour du château pour ensuite montrer le chemin à suivre aux mortels habillés d’armures, faites d’acier et de métaux ?

Mer, comment as-tu de tes vagues vécu l’ordre que les divinités t’ont donné pour t’obliger à te calmer, afin de laisser passer les deux navires aux proues dorées ? As-tu été dérangé par les cris des multiples bêtes volantes de toutes les couleurs et espèces, qui se sont pendant toute la traversée posées sur chaque partie libre des bateaux ?

Mer, tu portes comme chaque milieu toi aussi la vie, mais tu contiens plus d’êtres que n’importe quel autre décor, de tes créatures mythiques à la plus petite crevette, personne ne connaîtra jamais tout ce que tu contiens. Mais tu sais, que les mystères de tes abysses pourront parfois se découvrir aux plus chanceux, amenant dans leurs esprits crainte des profondeurs.

Désert, Capitaine a connu, le monstre serpentin à la longue épine dorsale. Et tant de pêcheurs ont pu récupérer par erreur les pieuvres fluorescentes, et les poissons fins comme des rubans, aussi long que mille mètres.

Agathe Coursac

Ce texte a été rédigé en 2024-2025 et publié dans le magazine de la même année, dans la rubrique Il était une fois.

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