À première vue, l’intelligence artificielle semble bénéfique au monde de l’édition en assistant la production littéraire, mais certains pans du secteur sont mis en danger par les questions juridiques complexes qu’elle soulève en matière de droits d’auteur.
Depuis des années, l’intelligence artificielle s’infiltre dans nos vies. De nombreux métiers l’intègrent progressivement dans leur processus de création, et le monde de l’édition n’y échappe pas. Aujourd’hui, en France, si elle est encore loin de remplacer les écrivains en raison de ses « faibles » performances dans le domaine de la fiction, ce n’est pas le cas pour la traduction, où les professionnels deviennent de plus en plus des correcteurs et réviseurs de traducteurs en ligne, comme DeepL. Le statut des artistes-auteurs, qui repose sur une rémunération sous forme de droits d’auteur, est ainsi remis en question. Il en va de même pour les illustrateurs. « Plusieurs illustrateurs nous disent qu’il y a une baisse de leurs commandes, allant jusqu’à 30 % cette année [2023] », indique Stéphanie Le Cam, directrice de La Ligue des auteurs professionnels. Les maisons d’édition restent réticentes à l’idée de faire appel à des IA pour illustrer leurs livres. Pourtant, en 2023, certains ouvrages publiés ont été illustrés par IA, notamment grâce au programme Midjourney, comme Mathis et la forêt des Possibles de Jiri Benovsky, initial_A de Thierry Murat et Jésus de Jean-Christian Petitfils.
La question des droits d’auteur mise en avant
En France, la loi protège l’œuvre originale qui porte « l’empreinte de la personnalité de son auteur ». Ainsi, pour le moment, le droit d’auteur ne s’applique qu’à une personne physique, c’est-à-dire un être humain. Mais un artiste peut-il revendiquer les droits d’auteur d’une œuvre générée par IA ? La question reste juridiquement floue. On pourrait penser que si l’œuvre est un produit brut généré par l’IA, elle n’est pas empreinte de la personnalité de son utilisateur, sauf si ce dernier retravaille ce produit par la suite. Dès lors, l’auteur ne confère-t-il pas à leur réalisation commune une part de lui-même ? Une autre question se pose : celle des œuvres dont se nourrit l’IA pour générer du contenu. En septembre 2023, les auteurs George R.R. Martin et John Grisham ont saisi la justice américaine contre la start-up OpenAI. Ils l’accusent d’utiliser leurs romans en violation de leurs droits d’auteur. Pour répondre à ce problème, l’Union européenne souhaite faire adopter un texte, l’IA Act, qui obligerait les IA, dans la mesure du possible, à fournir un « résumé détaillé » des données protégées par les droits d’auteur qu’elles utilisent.
Une aide à l’écriture pour les auteurs
Malgré ces enjeux, lorsqu’elle est bien utilisée, l’IA peut s’avérer être une aide précieuse pour certains auteurs en facilitant leurs recherches ou en proposant des structures narratives. Elle permet aussi d’éviter le fameux syndrome de la page blanche.
Loin d’être uniquement une menace pour les métiers de la création, l’IA doit encore être apprivoisée par notre société afin qu’elle nous assiste sans nous remplacer.