Le Signe Déchaîné

Le Magazine des Lettres de l’université Lumière Lyon 2

Entretien

« Plus je suis professeure, plus j’aime ce métier »

Par Manon Lainé

Cette interview porte sur Mme Adélaïde Dewavrin, enseignante de langue en lycée et à université. Durant des discussions préalables à l’entretien, j’ai pu lui présenter le but de cette intervention : enquêter sur un professionnel d’un secteur qui m’intéresse, dans le cadre du TD Pratiques d’Écriture.

Est-ce que vous pourriez m’en dire plus sur votre parcours scolaire pour arriver jusqu’au métier de professeure ?

Oui. Alors, j’ai fait un BAC S, scientifique, puis une classe préparatoire hypokhâgne-khâgne au lycée du Parc, à Lyon. Je suis ensuite partie en Licence 3 LLCER Anglais à l’Université Lyon 2. Après cette licence, j’ai continué à Lyon 2 et j’ai fait une année d’Erasmus à Dublin, en Irlande. Je suis rentrée à Lyon pour faire une deuxième année de Master LLCER Recherches et un mémoire sur les suffragettes et leurs rapports au corps. J’ai eu mon master, mais après l’avoir eu, je ne savais pas trop ce que je voulais faire, du coup, j’ai fait une année de césure. Enfin, césure en quelque sorte, j’ai fait une année de service civique dans une collectivité territoriale de Nantes, pour lutter contre les discriminations. Et après, je suis rentrée à Lyon et j’ai passé l’agrégation.

Sachant que vous travaillez normalement dans les lycées, pourquoi choisir d’aller travailler aussi à l’université ?

En fait, je fais juste un TD à l’université et je pense que je vais arrêter l’année prochaine, parce que ça prend beaucoup de temps. Mon but, c’était de voir un petit peu différentes choses. Vu que j’ai l’agrégation, je voulais voir si j’avais envie de postuler pour des post-BAC, éventuellement en prépa ou quelque chose comme ça, plus tard. Parce que c’est une possibilité avec l’agrégation. Somme toute, il faut avoir un excellent dossier, c’est rare. Mais ça m’intéressait de tenter l’expérience, parce que je suis dans un lycée dans lequel le niveau n’est pas toujours extraordinaire, même s’il y a des élèves qui sont extrêmement bons. J’étais intéressée par l’idée de faire des cours un petit peu plus théorique. L’avantage de l’université, c’est qu’il n’y a pas de discipline, etc. Donc, c’était pour voir un peu, mais en fait, je me plais bien au lycée et les lycéens sont le public avec lequel je préfère interagir, parce que je me suis rendu compte que j’aime bien faire de la discipline justement.

Quels types de cours avez-vous eus à enseigner ?

Du coup, c’est la deuxième année que je fais un TD d’anglais rédactionnel pour des Licences 3, sinon en cours au lycée, j’enseigne à des secondes, des premières, des premières spécialités, des STMG et un BTS aussi, en BTS comptabilité gestion.

Quel profil faut-il avoir pour être professeur ? Quelles qualités spécifiques ?

Déjà, cela dépend de la matière que le professeur enseigne, à quel niveau. Mais, pour l’anglais, je pense qu’il faut être curieux. Pour moi, c’est impossible d’être professeur sans être empathique, il est important de donner de son temps. Au lycée, je pense que ce n’est pas nécessairement l’amour de la matière qui doit primer, puisqu’en fait, on fait peu de choses aussi élaborées que ce qu’on a fait pendant nos études. C’est plutôt l’amour de la pédagogie qu’il faut avoir. Et pour en avoir discuté avec des collègues et des personnes qui ont fait leurs études en même temps que moi, on aime l’anglais et on aime transmettre, mais il ne faut pas s’attendre à faire du Shakespeare avec des élèves de première. En spécialité, il y a trois œuvres à choisir dans un corpus pour les premières et les terminales, et ça ouvre la porte à une étude littéraire et cinématographique. Dans la contextualisation de l’œuvre, on est un peu plus libre de faire de la civilisation pour expliquer la période, etc.

Quelles certifications faut-il prioriser pour devenir professeur ?

Ça dépend où vous voulez enseigner. Moi, je suis passée par l’agrégation, parce que je savais que je n’avais absolument pas envie d’être enseignante au collège. Parce que ma mère était prof au collège et ça ne m’intéressait pas du tout. C’est un public quand même moins autonome, et je n’avais pas du tout envie de gérer l’absence d’autonomie de mes élèves.
Du coup, entre le CAPES et l’agrégation, l’agrégation est difficile à obtenir, ça demande plus de temps et donc plus de ressources. L’agrégation, c’est quand même très avantageux d’un point de vue financier, puisqu’on est bien mieux payé que quand on a le CAPES en faisant moins d’heures. Personnellement, j’ai passé le CAPES et l’agrégation, j’ai eu le CAPES durant ma première année, mais j’avais envie d’avoir une porte de sortie en cas d’échec.
J’ai plein de collègues qui ont le CAPES et ils font le même métier que moi. Souvent, ils sont un peu plus armés, en tout cas, ils l’étaient au début de ma carrière, pour faire face à des problèmes de gestion de classe, etc. L’agrégation n’offre pas de cours de pédagogie, de pratique. Je ne savais pas ce que c’était qu’une séquence trois jours avant de commencer. Il y a beaucoup de savoirs théoriques que j’ai appris pendant mes études d’agrégation qui ne me serviront sans doute jamais.

Par rapport à vos attentes, y a-t-il de grosses différences dans la réalité du métier de professeur ?

En fait, je trouve que c’est un métier qui est compliqué, parce que c’est dur de débrancher. Il y a toujours quelque chose qu’on voudrait rajouter, dont on voudrait parler : quand on va visiter un musée, on se dit « ah, ça, c’est quand même sympa, je pourrais essayer de travailler sur ce thème là avec mes élèves ». C’est un peu toujours en arrière-plan, je pense que ça dépend des personnalités et il y a des gens qui ne se laissent pas envahir comme ça, mais moi, je me laisse un peu envahir par ça parfois.

Manon Lainé

Ce texte a été rédigé en 2024-2025 et publié dans le magazine de la même année, dans la rubrique Demain à la une.

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