47 minutes. C’est le temps nécessaire pour écouter Is This What We Want? (Est-ce cela que l’on veut ?), album-manifeste sorti le 25 février 2025 par un collectif de plus de 1 000 artistes britanniques, dont Kate Bush, Damon Albarn, Annie Lennox et Hans Zimmer. Pas de musique, seulement quelques bruits lointains qui habillent le silence. Derrière ce mutisme, la dénonciation d’un projet de loi du gouvernement britannique.
Le texte législatif proposé permettrait aux intelligences artificielle d’exploiter les œuvres normalement protégées par les droits d’auteur, sans l’accord des créateurs, pour améliorer leurs algorithme. Pour le secteur, déjà fragilisé par la précarisation des artistes, la menace est réelle. Le silence devient un moyen de contestation, un cri d’alarme qui résonne dans tous les domaines.
La réponse est claire, les douze titres forment la phrase « Le gouvernement britannique ne doit pas légaliser le vol au profit des sociétés d’intelligence artificielle », un geste politique marquant.
Cet acte fait écho à l’œuvre de John Cage. En 1952, il sortait 4’33”, une œuvre de quatre minutes et trente-trois secondes, où le silence s’impose comme un acte de réflexion. Is This What We Want? s’inscrit donc dans cette tradition où l’absence de son devient un message plus fort que n’importe quelle parole engagée.
Mais la question soulevée va au-delà de l’enjeu du droit d’auteur : elle interroge l’avenir même de la création artistique à l’ère de l’intelligence artificielle, dans les arts. En laissant les IA puiser librement dans le répertoire existant pour devenir plus performante, ne risque-t-on pas de voir naître une musique déshumanisée, considérée comme produit de consommation ? La crainte des artistes est claire : que leur voix soit étouffée sous le poids d’une production automatisée.