Je vous propose aujourd’hui d’embarquer pour un fabuleux voyage gastropoétique à bord de notre vaisseau de pointe, le RU 69 029. Dans celui-ci, il vous sera proposé de vous sustenter, alors… Préparez vos papilles, et appréciez l’originalité de ces mets raffinés, *option végé* :
Entrée : salade de haricots rouges, maïs et pois chiches
Plat : curry de pois chiches et riz basmati
Dessert : mousse pois chiches-chocolat
Après une analyse justement mesurée au moyen de ma pensée, une exploration des tréfonds de ma raison, j’ai établi des connexions et en suis arrivée à une conclusion : notre embarcation a trouvé sa source de protéine de prédilection !
Les pois chiches.
C’est un mot étonnant, ne trouvez-vous pas ? Also known as chickpeas in English, it gives the same energy, doesn’t it? C’est un mot qui saute, un mot joueur, un mot farceur, un mot qui se moque de nous et de notre malheureux système digestif, sur lequel repose la lourde tâche de digérer ces petites bombes beiges. Nous pouvons déceler, au sein-même de ce nom, un air de défi. Comme si, au creux de notre assiette, noyés dans les sauces du RU aux saveurs plus atypiques les unes que les autres, à l’image de météores dans un velouté de voie lactée, ils nous susurraient :
Alors, t’es chiche ou t’as la poisse ?
Et ce terme rieur provoque, par ailleurs, de très beaux mots pour évoquer de petits maux : ballonnement, météorisme, flatulence, flatuosité, effluve, effluence, émanation et pestilence… Tout à fait poétique n’est-ce pas ?
Une poésie intestine, une poésie enzymatique, une poésie de la métamorphose gazeuse et de la manifestation fétide.
L’acte d’écrire est analogue à la digestion des pois chiches. On découvre les mots, on analyse les sensations qu’ils procurent en nous, on les savoure, on les endure et les subit parfois, malgré tout on les consomme, et le plus souvent, ce sont eux, qui nous transforment.
Alors, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un agréable voyage au sein de cette galaxie légulumineuse.
La dernière phrase de ce texte a été imposée. Il fallait donc construire une intrigue autour de cette chute.
Il était temps. Esmée pensait à cela depuis des mois. Elle allait partir, c’était décidé. David, son mari, ne se doutait de rien. Vieil ingénieur, il ne prenait plus la peine de la regarder, ni de lui parler. Il se levait le matin, mangeait le petit déjeuner qu’elle lui préparait à chaque fois : un café avec trois sucres, deux tartines de confiture de coing, un jus d’orange. Elle disposait toujours ses médicaments sur une petite assiette, à droite de sa cuillère à café. Il ne la remerciait jamais. Après tout, c’était une habitude ! Le soir, il rentrait aux alentours de dix-huit heures. Il s’asseyait sur son fauteuil pour lire son journal, toujours placé sur l’accoudoir de gauche car il était gaucher. Lorsqu’il passait une mauvaise journée, il se déchargeait de la plus terrible des façons, utilisant sa femme comme réceptacle de toute sa frustration. Dans le cas contraire, il l’embrassait en la surnommant « ma fleur ». Pourtant Esmée n’était pas une fleur. Elle ne l’était plus. Cela faisait des semaines qu’elle passait des nuits à tourner dans son lit sans trouver le sommeil. Ses bleus la faisaient souffrir, mais ce n’était pas tout. Trente ans de vie commune à s’effacer au profit de l’autre, à faire ce qu’il lui demandait, à supporter les sautes d’humeur, les regards noirs, les coups…Elle était déterminée à partir, s’était jurée de le faire. Un jour, elle arrêterait de se taire. C’était en réalité un soir, et Esmée était immobilisée par la peur. Comment pouvait-elle lui annoncer ? Il était là, assis près d’elle sur une chaise. Les épaules relâchées et le nez dans son journal, il n’avait même pas pris la peine d’enlever ses chaussures…Comment réagirait-il ? La vieille femme tremblait presque tant ses membres étaient tendus. Pas un cheveu rebelle ne jaillissait de ses barrettes. Elle se concentra sur ce qui l’entourait pour échapper à son tourment intérieur. Sa brosse à cheveux posée sur la table basse qu’elle avait oublié de ranger contrastait avec les fleurs du vase bien fraîches, le miroir sans aucune trace. Toute cette propreté constante l’angoissait. Son mari l’angoissait. Ses chaussures sales sur le tapis propre l’angoissaient. Oui, il était temps.
Soudain, la claque partit. Alors que les paroles sortaient de sa bouche sans qu’elle s’en soit aperçue, elle avait vu son mari rougir et froncer les sourcils. Mais elle avait continué, vomissant ces trente années qui ne lui avaient apporté qu’une honte destructrice. Honte d’avoir toujours dit oui. Honte d’avoir toujours souri. Honte de s’être oubliée.
Sa main frappa sa joue d’un coup sec, la projetant de tout son être au sol. Sa main. Celle qui l’avait une fois caressée, qui avait une fois bercé ses deux filles lorsqu’elles étaient bébés. Ces dernières années, cette même main n’était devenue qu’une arme. Elle avait cessé de parler. Le claquement avait été assourdissant et son oreille sifflait. Elle lui criait « Lève-toi et part ! », mais Esmée ne fit rien. Elle porta sa main à sa joue qui la brûlait. Elle n’osa remonter vers lui son regard qui pleurait des larmes embrasées. Plus tard, elle le regretterait. Elle comprendrait que ce n’était pas la violence habituelle de David qui l’avait tétanisée, mais plutôt le reflet de sa propre vulnérabilité. Or ce jour-là, Esmée était devenue une lame, puissante et tranchante. Elle s’aida de sa chaise pour se relever. L’homme en face d’elle était resté debout, la main en l’air, comme s’il prenait la pose pour une photographie. Pourtant cela n’en était pas une, car il vit sa femme se relever pour la toute première fois. Cette nuit, Esmée partit.
Elle avait trouvé refuge dans un motel près d’une petite ville, à vingt kilomètres de sa maison. Elle restait là durant une semaine, effondrée. Elle avait tant rêvé de ce jour où elle partirait, seulement tout n’était que noirceur autour d’elle…La réalité était qu’elle avait peur. Qu’avait-elle fait ? Peut-être aurait-elle dû rester, croire qu’à soixante ans rien ne pouvait changer, qu’elle était dorénavant forcée à vivre la vie qu’elle avait choisie étant plus jeune ? Plus de maison, plus de mari, plus d’argent. Que faire, maintenant qu’elle n’avait plus rien ? Elle n’avait même pas prévenu ses deux filles de son départ. Son téléphone à touches était déchargé, il reposait sur la seule table de la chambre sur laquelle était aussi posé le sac qu’elle avait emporté avec elle. En réalité, elle n’avait même pas pensé à les informer. Elle voulait juste rester là, couchée sur ce lit, à ne plus vivre pour personne.
Mais un jour, Esmée entendit des coups sur la porte de sa chambre. Paralysée, elle n’osa pas sortir sa tête de la couverture. Son visage était inexpressif alors que son cœur battait la chamade, trahissant ses émotions. C’était lui. Elle le savait. Elle avait vu dans ses cauchemars qu’il allait revenir l’entraîner de force. La battre à nouveau. Elle entendit la porte s’ouvrir, puis sentit une main se poser sur la couverture puis la baisser. Ses yeux étaient fermés par un scotch invisible. Elle ne voulait plus les ouvrir. Elle ne voyait que du noir.
« Maman ». Il avait suffi d’un seul mot pour que le cauchemar d’Esmée prenne fin. Ses filles étaient devant elles, les yeux larmoyants. Sa cadette la prit dans ses bras et la serra de toutes ses forces, essayant de prononcer des mots rassurants entre deux sanglots. Ses deux trésors étaient là, et Esmée le savait : c’était fini. Grâce à elles, tout allait s’arranger.
Ses enfants l’avaient poussée à porter plainte contre son ancien époux. Le dossier avait été classé sans suite, faute de preuve. Mais Esmée s’en fichait. Elle souhaitait rompre tous les liens qu’elle avait auparavant tissés avec lui. Il était temps de vivre pour elle, de ne plus être la femme de quelqu’un ou la mère de quelqu’un. N’obéir qu’à ses propres ambitions. Oui, c’est ça. Elle voulait être elle-même. Elle sera la femme admirable, celle qui avait osé partir malgré tout.
Quant à David, il avait vu sa vie basculer dans un puits de solitude. Lorsqu’il se levait, ses tartines n’étaient pas garnies de confiture de coing. Son café n’était pas fait, son jus d’orange pas versé, ses médicaments pas disposés sur une assiette. Lorsqu’il rentrait chez lui, son journal n’était pas sur l’accoudoir. La maison semblait vide, pourtant rien n’avait changé. Les fleurs, maintenant fanées, étaient toujours là. Le miroir devenu sale était toujours posé sur la commode. Il avait aussi remarqué le peigne d’Esmée, sur la table basse. En réalité, il avait toujours été exaspéré de l’habitude qu’avait sa femme de ne jamais nettoyer sa brosse à cheveux.
Ce texte est inspiré de l’essai Une chambre à soi de Virginia Woolf, une célèbre femme de lettres du XXe siècle.
Est-ce parce que j’ai commencé à inventer et à écrire un peu partout : dans mon salon, chez mes grands-parents, dans une chambre partagée…que j’éprouve autant de difficulté à me projeter dans une pièce à moi ? Un espace dédié à l’écriture ? De mon enfance jusqu’au terme de mon adolescence je profitais des instants de calme, des instants de solitude, pour me réfugier dans mon univers. Alors sans doute est-ce aussi parce que mon esprit divague vers des lieux imaginaires qu’il ne connaît pas d’idéal dans le monde réel.
Il se construit donc un jardin de pensées qu’il cultive tendrement. Un jardin secret, défendu. Un paradis où se réfugier, où chaque graine qui germerait deviendrait une plante exotique ou onirique. Au milieu de ce champ des merveilles se dresserait fièrement un arbre robuste. Mettons un chêne, ou un olivier peut-être. Un arbre solide quoi qu’il en soit, qui veillerait sur ses congénères. Au sommet de son feuillage touffu se cacherait une cabane en bois, voyez-y là la fantaisie de mon enfance citadine. Une construction très simple, rustique même. Une échelle serait là pour aider à grimper car, même s’il s’agit d’une rêverie, mon corps ne serait pas habitué à ce genre d’exercice.
Il faudrait que son intérieur soit très lumineux et, lorsque le soleil se coucherait épuisé, je serais toujours là armée d’une lanterne – il n’y a pas d’heure fixe pour écrire – à taper sur mon ordinateur. Oui, je taperais, puis prendrais plaisir à retranscrire certains fragments, que ce soient des poèmes, des aphorismes, des brouillons… À la main dans un cahier abîmé.
C’est un vieux rituel, indispensable pour traquer les imperfections. M’accompagnerait un léger fond sonore : musique classique, rock, podcast, même une chaîne d’informations pourquoi pas, tant que cela ferait comme un brouhaha grouillant de vie. En même temps je siroterais un fond de thé ou de café selon l’inspiration. Je serais assise au fond de la pièce face à un bureau, sur un fauteuil à carreaux avec accoudoirs, les lunettes glissant sur mon nez, avec autour de moi des dizaines de livres éparpillés un peu partout. Certains seraient rangés dans des étagères quelquefois, car même dans le chaos créateur il faut pouvoir y voir clair. Une myriade de documents divers et de post-it inonderaient le bureau, et commenceraient dangereusement à envahir l’un des murs. Il y aurait des dessins aussi, ceux de mes personnages, de mes décors… Qui viendraient fournir de la lave à mon volcan intérieur.
Quand j’aurais besoin de me ressourcer, j’irais me coller contre la fenêtre admirer les jeunes pousses croître à leur rythme, formant une mosaïque colorée sous mes yeux. Au loin j’apercevrais l’ombre d’une maison, le point de repère que je dois garder si je ne veux pas me perdre…
Ce texte est inspiré de l’essai Une chambre à soi de Virginia Woolf, une célèbre femme de lettres du XXe siècle.
Ma chambre serait une chambre dans l’obscurité, la lampe éteinte, les volets et la porte fermés.
Que faire des murs ? Les murs n’ont pas d’importance. Papier, briques, béton, voire du carton. Que faire du sol ? Le sol n’a pas d’importance. Du bois ? De la pierre ? Du carrelage ? Les deux pieds sur terre, l’esprit ailleurs.
Donnez-moi une chaise, ou même pas une chaise, donnez-moi un bureau ? Non, plutôt donnez-moi un brin de papier et une plume.
Ou ajoutez-y une bibliothèque, je n’ai pas tout en tête. Un ordinateur peut-être. Des fleurs pour la bonne humeur, quelques crayons, des pinceaux.
Je veux être seul·e, ne rien voir pour que l’imagination ne naisse que de mon esprit, et non de mes yeux. Sans bruit, ou plutôt de la musique. Bercer mes songes, faire chanter mon stylo.
Écrire assis, debout, en mouvement. Imaginer en étant acteur et penseur, danseur.
Un moment à soi, un moment à eux, à un nouveau monde et à notre monde à nous.
Tu étais le miroir de nos vies d’artistes remplies de souffrances dues aux fragilités de l’existence, combattant entre fiction littéraire et réalité du monde.
Miroir de nos vies d’artistes remplies de souffrances dues aux fragilités de l’existence, combattant entre fiction littéraire et réalité du monde où tu étais.
Entre fiction littéraire et réalité du monde, combattant tu étais, le miroir de nos vies d’artistes remplies de souffrances dues aux fragilités de l’existence.
Dû aux fragilités de l’existence, tu étais, combattant, entre fiction et réalité du monde, le miroir de nos vies d’artistes remplies de souffrance.
Remplies de souffrances, dû aux fragilités de l’existence, combattant tu étais le miroir de nos vies d’artistes, entre fiction littéraire et réalité du monde.
Combattant tu étais, le miroir de nos vies d’artistes entre fiction littéraire et réalité du monde, remplies de souffrances.
Sara Roudet
Un billet est composé de six phrases composées des mêmes mots, toutefois construites différemment. La dernière est la plus proche de ce que l’auteur•ice souhaite exprimer. En général, il porte sur un•e artiste.
Du 14 au 16 avril 2025, la Chapelle de la Trinité a accueilli la cinquième édition du salon Magnifique Livre. Chaque année, cet événement réunit plusieurs dizaines d’éditeurs indépendants, venus témoigner et défendre l’importance cruciale de leur liberté éditoriale en France. Nous avons suivi cet événement pour mieux comprendre et transmettre les enjeux de cette indépendance.
En entrant dans la Chapelle de la Trinité, on est immédiatement plongé dans une ambiance chaleureuse, qui réchauffe le cœur. Des dizaines de stands de maisons d’édition indépendantes sont alignés, présentant des centaines de livres. Les sourires fusent, les rires éclatent, et les sacs se remplissent de livres. On perçoit de grandes discussions, des échanges d’avis passionnés. Ici, une même ferveur anime les visiteurs : celle de la littérature, celle du livre.
C’est ainsi qu’en franchissant le seuil de la Chapelle de la Trinité, on entre dans le salon Magnifique Livre, le rendez-vous des maisons d’édition indépendantes.
Depuis maintenant cinq ans, cet événement met à l’honneur les éditeurs indépendants de la région Auvergne-Rhône-Alpes et d’ailleurs. Magnifique Livre revendique cette diversité avec fierté : « De nombreuses maisons d’Auvergne-Rhône-Alpes et d’autres venant d’un peu plus loin, qui ont toutes en commun de cultiver leur indépendance ! » Car c’est bien cette indépendance qui unit tous les éditeurs présents au salon.
Or, dans le domaine de l’édition, préserver son indépendance devient de plus en plus difficile – et surtout, de plus en plus rare. Ces dernières années, de nombreuses maisons ont été rachetées par de grands groupes tels que Hachette, Madrigall ou encore Editis. Un tournant symbolique a été franchi le 23 juin 2021 avec le rachat des Éditions de Minuit par Madrigall. Pour cette maison dont l’indépendance a toujours été une marque de fabrique, ce rachat a marqué une rupture.
Pourquoi ces rachats ? Parce qu’appartenir à un grand groupe, c’est souvent plus simple. Ces mastodontes de l’édition disposent de moyens financiers conséquents, d’un référencement plus large et d’un contrôle accru des circuits de distribution. Leur puissance leur permet aussi d’investir massivement dans la publicité, que ce soit à la radio, à la télévision ou sur d’autres supports médiatiques. Ainsi, faire partie d’un groupe, c’est avoir plus de poids, plus de visibilité, et vendre davantage de livres.
Un combat pour la survie des maisons indépendantes
Les 3 000 maisons d’édition indépendantes en France n’ont, elles, pas ce luxe. Il est difficile d’être bien référencé en librairie, car ces dernières privilégient les best-sellers des grands groupes. Les marges sont faibles, les coûts élevés, rendant la situation financièrement compliquée pour ces éditeurs.
Delphine, des Presses Universitaires de Lyon 2 (PUL), témoigne de ces difficultés : « On ne peut pas faire une bonne promotion, car nous n’avons pas les moyens d’engager quelqu’un uniquement pour ça. »
Dans sa maison d’édition, ils sont moins d’une dizaine, et chacun doit endosser plusieurs rôles. Engager quelqu’un en plus représente un coût, que ces structures ne peuvent pas toujours se permettre. À cause de cela, les éditions PUL ne bénéficient pas de la même promotion ni de la même visibilité que les maisons appartenant à de grands groupes.
Face à ces contraintes, les maisons d’édition indépendantes doivent faire des choix, des sacrifices. Mais ces sacrifices sont assumés avec conviction. Elles préfèrent affronter les difficultés plutôt que de renoncer à leur liberté éditoriale.
L’indépendance comme engagement
Cette indépendance est assumée et revendiquée, et les éditeurs présents au salon ne renonceraient pour rien au monde à cette liberté. Être indépendant, c’est avoir le pouvoir de faire ses propres choix.
Tous ces éditeurs ont la chance de choisir ce qu’ils publient, d’oser, d’être audacieux. C’est pour cela qu’ils se battent : pour cette liberté de l’édition et de la publication.
On le voit à travers les marque-pages affichés sur tous les stands : « Les médias Bolloré pratiquent la désinformation et soutiennent l’extrême droite. Les éditeurs Bolloré commencent à le faire. Soutenez les éditeurs indépendants ! ».
Une véritable lutte est menée contre les médias Bolloré par les éditeurs indépendants. Un site internet a même été créé (désarmerbolloré.net) pour lutter contre l’influence du milliardaire. Cette mobilisation se justifie par la domination croissante des grands groupes sur les petites maisons d’édition, mais aussi par les prises de position politiques de leurs dirigeants.
Par exemple, la publication du livre de Jordan Bardella chez Fayard a suscité de vifs débats dans le milieu de l’édition. Certains accusent le groupe Hachette, dirigé par Arnaud Lagardère, de soutenir l’extrême droite en publiant l’ouvrage du leader politique.
Un modèle fragile mais essentiel
Ainsi, rester une maison d’édition indépendante est un défi, notamment en raison des conditions de travail souvent précaires.
Ces maisons collaborent avec les librairies indépendantes et proposent des catalogues audacieux, innovants, en marge du paysage éditorial traditionnel. Leur indépendance leur permet de rester fidèles à leurs valeurs et de ne subir aucune pression quant aux publications qu’elles choisissent de défendre.
Une ferveur intacte
En parcourant le salon, on ne voit que des sourires sur les visages. Des sourires sincères et fiers, unis par une même passion et des convictions communes sur l’avenir de l’édition. Pour les éditeurs présents, l’indépendance est essentielle : c’est elle qui garantit la diversité et l’unicité de chaque maison.
Chaque éditeur doit pouvoir se démarquer par sa singularité. Les maisons d’édition indépendantes qui réussissent à allier identité forte, innovation et gestion rigoureuse peuvent non seulement survivre, mais aussi prospérer.
Certes, leur modèle économique reste fragile, mais leur audace et leur diversité éditoriale sont des atouts inestimables face à l’uniformisation du marché. Et c’est bien de cela dont nous avons besoin.
En septembre 2024, Sarah décide d’ouvrir son café-librairie. Après avoir été avocate pendant 23 ans, elle a décidé de tout quitter pour réaliser son rêve de fin de carrière.
C’est en me baladant dans les pentes de la Croix-Rousse que je suis tombée sur ce petit café-librairie, Relie Délivre, un nom qui m’a interpellée, dont elle m’expliquera la signification plus tard. En rentrant dans la librairie, je l’ai vu, elle, souriante et solaire. Sarah.
En parcourant la boutique des yeux, je suis tombée amoureuse. J’ai pensé : « Il faut que je parle à la personne qui a créé ça ». Je suis allée la voir, gênée. Elle m’a souri. Elle s’est fait un café. On s’est assise au soleil. Elle m’a raconté. Elle s’appelle Sarah Fouilland Milleret, elle a 48 ans, elle est arrivée à Lyon il y a 7 ans. En septembre 2024 elle réalise le rêve commun de tout littéraire : ouvrir son café-librairie. Pourtant Sarah n’a pas fait d’études de lettres, n’a jamais eu un rapport professionnel à la littérature.
La nouvelle libraire était originellement avocate. Pendant 23 ans elle a défendu des causes qui lui tenaient à cœur. Mais un matin elle a décidé d’arrêter, de pas y retourner, pour pouvoir créer quelque chose de nouveau. Elle avait fait le tour, elle avait besoin de passer à autre chose. Elle rêvait d’une fin de carrière tournant autour du livre, mais aussi autour d’un lieu de rencontre. Et c’est ce qu’elle a réussi à faire, elle a pu créer un lieu à soi, qui la représente.
Elle commence à se pencher sur le projet en février 2024. À partir de là tout se passe très vite, elle trouve rapidement le lieu idéal, elle fait une formation de libraire de deux semaines, elle ouvre donc en septembre. De là naît Relie Délivre.
Je lui ai demandé pourquoi. Pourquoi Relie Délivre ? Elle m’a souri. Elle a joué avec les verbes « relier » et « délivrer ». Son lieu devait être un lieu de rencontre, de « tissage de lien », que ce soit avec les livres, avec soi ou avec les autres, il doit relier les gens entre eux, et il doit aussi relier les gens au monde. Mais cela doit aussi les délivrer : du temps, du rythme de la vie… Relie Délivre doit être un lieu sain, un lieu refuge. Un lieu où l’on se sent bien. Et en effet, on s’y sent bien.
Mais ce n’est pas qu’un lieu où l’on peut boire des cafés et regarder des livres : c’est aussi un lieu où l’on peut découvrir le monde. Sarah prône un engagement féministe, ainsi qu’une grande ouverture sur le monde qui nous entoure. Elle organise régulièrement des rencontres avec des auteurs, des lectures, ainsi que des ateliers d’écritures animés par des personnes extérieures. Ces évènements permettent de partager des visions du monde, de tisser des liens.
C’est parce qu’elle possède cette vision du monde que Sarah choisit elle même tous ses ouvrages, en mettant en avant les petites maisons d’éditions indépendantes. Elle veut des ouvrages de qualité, qui font réfléchir, qui remettent le monde en question. Elle ne se laisse rien imposer par les maisons d’éditions ou par les distributeurs. C’est pour cela qu’elle n’a pas énormément de livres : elle prône la qualité et non la quantité.
En souriant, le visage au soleil et un café dans la main, Sarah m’a dit qu’elle continuait d’apprendre tous les jours. Sur le métier de libraire, sur les gens, sur la vie.
Elle s’appelle Sarah Fouilland Milleret, elle a 48 ans, elle est arrivée à Lyon il y a 7 ans. Elle a décidé de tout quitter pour ouvrir son café-librairie seule. C’est une femme indépendante, cultivée, qui suit ses rêves.
J’ai remercié Sarah après notre échange. Elle est retournée travailler. Elle avait l’air heureuse.
C’est un nouveau coup de massue qui s’abat sur les femmes afghanes : le 5 février dernier, les talibans ont suspendu la Radio Begum. Station fondée en 2021 par la journaliste Hamida Aman, elle était créée par des femmes et pour des femmes.
La Radio Begum n’était pas simplement une station de radio, elle était un symbole de résistance et d’émancipation. Sa suspension s’inscrit dans une série de mesures qui visent à étouffer les libertés des femmes. En août 2021, l’Afghanistan est tombé sous le joug des talibans alors qu’ils s’introduisaient dans le palais présidentiel de Kaboul. Dès lors, l’instauration de la Charia, interprétée de manière oppressive, n’a fait que renforcer l’idée selon laquelle les femmes doivent être « protégées » des hommes. Mais en réalité, c’est leur liberté qui est piétinée, leur humanité niée. Interdiction de travailler, de s’instruire, de fréquenter certains lieux publics… Les Afghanes ne sont plus que des objets. Chaperon imposé et voile couvrant tout leur corps, elles doivent désormais se déplacer sous surveillance. Ce retour en arrière est un cataclysme pour des générations de femmes qui avaient des rêves, des ambitions, et qui se retrouvent aujourd’hui dépossédées de tout.
Face à cela, l’Europe demeure. Ses yeux grands ouverts assistent à un féminicide massif. Ses dirigeants, complices silencieux, se contentent de discours vides. L’inaction est une trahison, une lâcheté politique qui condamne nos sœurs. La liberté, la fraternité et l’égalité n’ont jamais été aussi vides de sens.