Le Signe Déchaîné

Le Magazine des Lettres de l’université Lumière Lyon 2

Archives : Textes

  • Osmose

    Portrait de Virgina Wolfe

    Virginia Woolf

    Une chambre à soi est une expression popularisée par Virginia Woolf dans son essai A Room of One’s Own (1929). Elle symbolise l’espace matériel et intellectuel nécessaire aux femmes pour écrire et créer librement. Woolf y défend l’idée que, pour s’émanciper artistiquement et intellectuellement, une femme doit disposer d’un revenu stable et d’un lieu privé où elle peut travailler sans contrainte. Plus largement, cette notion est devenue un symbole du droit des femmes à l’indépendance et à l’autonomie dans le domaine de la création et de la pensée.

    Des étoiles chatoyantes. Un ciel constellé de nuages d’argent. Une myriade de papillons versicolores. Des effluves de fruits confits qui s’enlacent au parfum de guimauve à la violette qui brûle dans l’air. Des clochettes de Noël qui s’entrechoquent au gré du vent. Sourires, rires, embrassades… Et puis, une dizaine de licornes bleu azur qui gambadent sur l’herbe rose bonbon. Les fleurs, quant à elles, virevoltent autour d’immenses arbres en saphir mauve. Sourires, rires, embrassades… Le portail qui me fait face est verni d’or liquide et chamarré de perles de rubis dont les reflets diaprés accrochent la lumière émanant des harpes qui l’entourent. Leurs propriétaires, des anges roux pailletés à la voix cristalline, fredonnent des chansons d’amour oubliées. Je me lève, marche, m’approche. Il pleut des plumes de paon. Il fait si bon, si beau. Sourires, rires, embrassades… Le moment est arrivé. J’avance, je sors ma plume et les mots affluent. J’écris.

    Paradis. Bonjour, cher Paradis.

    Je fuis.

    Kahina Slimani
  • Haiku

    Le haïku est une forme poétique japonaise qui trouve son origine au XVIIe siècle. Il est issu du hokku, le premier vers d’un poème collaboratif appelé renga.

    Ce genre a été codifié et popularisé par le poète Matsuo Bashō (1644-1694), qui lui a donné ses lettres de noblesse en l’utilisant pour exprimer la beauté éphémère de la nature et des émotions humaines.

    Le bruit d’une cigale
    Se propage
    Dans le silence assourdissant d’été

    L’eau salée et claire,
    Secouée de remous,
    Est le reflet mouvant de l’âme

    Blanc manteau de froid,
    Silence neige en émoi,
    L’hiver est de soie.

    Neela Philippe
  • Une Chambre à soi

    L’auteure et traductrice propose une variation sur le thème « Une chambre à soi », inspiré du célèbre roman de Virginia Woolf. En jouant avec accumulations et questions rhétoriques, elle peint un lieu de l’âme, sans plafond et sans murs. Juste fleurs, pensées et musique. Quel serait le vôtre ?

    Texte traduit du français vers l’anglais

    My room would be a room filled with darkness, the lamp turned off, shutters and door closed.

    What should be done with the walls? The walls don’t matter. Wallpaper, bricks, concrete, or even cardboard. What should be done with the floor? The floor doesn’t matter. Wood? Stones? Tiles? Both feet on the ground, my mind distracted.

    Get me a chair, or not even a chair, get me a desk? No, rather, get me a piece of paper and a quill.

    Or add a bookcase to it, I don’t have it all in my head. A computer maybe. Flowers for good cheer, a few pencils, paintbrushes.

    I want to be alone, to see nothing, so that imagination arises only from my mind, and not from my eyes. Without a sound, or rather with music. Cradling my dreams, making my pen sing.

    Writing sitting, standing, moving. Imagining as an actor and a thinker, as a dancer.

    A moment for oneself, a moment for them, for a new world and for our own world.

    Texte original

    Ma chambre serait une chambre dans l’obscurité, la lampe éteinte, les volets et la porte fermés.

    Que faire des murs ? Les murs n’ont pas d’importance. Papier, briques, béton, voire du carton. Que faire du sol ? Le sol n’a pas d’importance. Du bois ? De la pierre ? Du carrelage ? Les deux pieds sur terre, l’esprit ailleurs.

    Donnez-moi une chaise, ou même pas une chaise, donnez-moi un bureau ? Non, plutôt, donnez-moi un brin de papier et une plume.

    Ou ajoutez-y une bibliothèque, je n’ai pas tout en tête. Un ordinateur peut-être. Des fleurs pour la bonne humeur, quelques crayons, des pinceaux.

    Je veux être seul·e, ne rien voir pour que l’imagination ne naisse que de mon esprit, et non de mes yeux. Sans bruit, ou plutôt de la musique. Bercer mes songes, faire chanter mon stylo.

    Écrire assis, debout, en mouvement. Imaginer en étant acteur et penseur, danseur.

    Un moment pour soi, un moment pour eux, pour un nouveau monde et pour notre monde à nous.

    Manon Lainé
  • Antonia Pozzi

    Édition de référence : « Parole. Diario di poesia », Mondadori, Milan, 1948.

    Le début du siècle passé voit de nombreuses femmes italiennes, poétesses et romancières, s’affirmer sur la scène culturelle de l’époque. Pensons, par exemple, à Grazia Deledda, Prix Nobel de littérature en 1929, à Ada Negri, et à mon amour littéraire personnel depuis l’adolescence : Antonia Pozzi (1912–1938). Issue d’un milieu bourgeois milanais, elle étudie la littérature et la philosophie, notamment l’esthétique, à l’université de Milan. Sa vie est tragiquement courte : elle se donne la mort à 26 ans. Ses œuvres, publiées à titre posthume, sont aujourd’hui reconnues comme majeures dans la poésie italienne du XXe siècle. Une écriture d’une simplicité presque violente, mêlant la beauté de la nature et la mort, le silence extatique de la montagne et la fatigue existentielle. Une écriture empreinte de silence et de mélancolie, mais toujours pleine de vie vécue.

    Choix de traduction : Dans un film de Jim Jarmusch, Paterson (2016), le protagoniste, un chauffeur de bus passionné de poésie, affirme : « Lire de la poésie en traduction, c’est comme prendre une douche avec un imperméable ». C’est exactement la sensation que nous avons ressentie en essayant de rendre la puissance expressive d’Antonia Pozzi dans une autre langue que l’italien. La stratégie la plus sensée nous a semblé être une traduction littérale, mot à mot, parfois au détriment des allitérations et assonances que l’on ne trouve que dans la langue originale, afin de se concentrer sur ses choix lexicaux puissants et raffinés.

    Texte original en italien

    La vita

    Alle soglie d’autunno
    in un tramonto
    muto
    scopri l’onda del tempo
    e la tua resa
    segreta
    come di ramo in ramo
    leggero
    un cadere d’uccelli
    cui le ali non reggono più.

    Traduction de l’italien vers le français

    La vie

    Aux seuils de l’automne
    dans un crépuscule
    muet
    tu découvres la vague du temps
    et ta reddition
    secrète
    comme de branche en branche
    légère
    une chute d’oiseaux
    dont les ailes ne soutiennent plus.

    Texte original en italien

    Esempi

    Anima, sii come il pino :
    che tutto l’inverno distende
    nella bianca aria vuota
    le sue braccia fiorenti
    e non cede, non cede,
    nemmeno se il vento,
    recandogli da tutti i boschi
    il suono di tutte le foglie cadute,
    gli sussurra parole d’abbandono ;
    nemmeno se la neve,
    gravandolo con tutto il peso
    del suo freddo candore,
    immolla le fronde e le trae
    violentemente
    verso il nero suolo.

    Anima, sii come il pino :
    e poi arriverà la primavera
    e tu la sentirai venire da lontano,
    col gemito di tutti i rami nudi
    che soffriranno, per rinverdire.
    Ma nei tuoi rami vivi
    la divina primavera avrà la voce
    di tutti i più canori uccelli
    ed ai tuoi piedi fiorirà di primule
    e di giacinti azzurri
    la zolla a cui t’aggrappi
    nei giorni della pace
    come nei giorni del pianto.

    Anima, sii come la montagna :
    che quando tutta la valle
    è un grande lago di viola
    e i tocchi delle campane vi affiorano
    come bianche ninfee di suono,
    lei sola, in alto, si tende
    ad un muto colloquio col sole.
    La fascia l’ombra
    sempre più da presso
    e pare, intorno alla nivea fronte,
    una capigliatura greve
    che la rovesci,
    che la trattenga
    dal balzare aerea
    verso il suo amore.

    Ma l’amore del sole
    appassionatamente la cinge
    d’uno splendore supremo,
    appassionatamente bacia
    con i suoi raggi le nubi
    che salgono da lei.
    Salgono libere, lente
    svincolate dall’ombra,
    sovrane
    al di là d’ogni tenebra,
    come pensieri dell’anima eterna
    verso l’eterna luce.

    Traduction de l’italien vers le français

    Exemples

    Âme, sois comme le pin :
    qui tout l’hiver étend
    dans l’air blanc et vide
    ses bras fleuris
    et ne cède pas, ne cède pas,
    même si le vent,
    lui apportant de toutes les forêts
    le son de toutes les feuilles tombées,
    lui murmure des mots d’abandon ;
    même si la neige,
    l’accablant de tout le poids
    de sa froide blancheur,
    alourdit ses branches et les tire
    violemment
    vers le sol noir.

    Âme, sois comme le pin :
    et puis viendra le printemps
    et tu le sentiras venir de loin,
    avec le gémissement de toutes les branches nues
    qui souffriront, pour reverdir.
    Mais dans tes rameaux vivants
    le divin printemps aura la voix
    de tous les oiseaux les plus mélodieux
    et à tes pieds fleurira de primevères
    et de jacinthes bleues
    la motte à laquelle tu t’accroches
    dans les jours de paix
    comme dans les jours de larmes.

    Âme, sois comme la montagne :
    qui lorsque toute la vallée
    est un grand lac de violet
    et que les sons des cloches y émergent
    comme des nénuphars blancs de son,
    elle seule, en haut, se tend
    dans un muet colloque avec le soleil.
    L’ombre l’enlace
    de plus en plus près
    et semble, autour de son front neigeux,
    une chevelure lourde
    qui la renverse,
    qui la retient
    de s’élancer aérienne
    vers son amour.

    Mais l’amour du soleil
    passionnément l’enlace
    d’une suprême splendeur,
    passionnément il embrasse
    avec ses rayons les nuages
    qui montent d’elle.
    Ils montent libres, lents
    dégagés de l’ombre,
    souverains
    au-delà de toute ténèbre,
    comme les pensées de l’âme éternelle
    vers la lumière éternelle.

    Texte original en italien

    La porta che si chiude

    Tu lo vedi, sorella : io sono stanca,
    stanca, logora, scossa,
    come il pilastro d’un cancello angusto
    al limitare d’un immenso cortile ;
    come un vecchio pilastro
    che per tutta la vita
    sia stato diga all’irruente fuga
    d’una folla rinchiusa.
    Oh, le parole prigioniere
    che battono
    battono furiosamente
    alla porta dell’anima
    e la porta dell’anima
    che a palmo a palmo
    spietatamente
    si chiude !
    Ed ogni giorno il varco si stringe
    ed ogni giorno l’assalto è più duro.
    E l’ultimo giorno
    – io lo so –
    l’ultimo giorno
    quando un’unica lama di luce
    pioverà dall’estremo spiraglio
    dentro la tenebra,
    allora sarà l’onda mostruosa,
    l’urto tremendo,
    l’urlo mortale
    delle parole non nate
    verso l’ultimo sogno di sole.
    E poi,
    dietro la porta per sempre chiusa,
    sarà la notte intera,
    la frescura,
    il silenzio.
    E poi,
    con le labbra serrate,
    con gli occhi aperti
    sull’arcano cielo dell’ombra,
    sarà
    – tu lo sai –
    la pace.
    Milano, 10 febbraio 1931

    Traduction de l’italien vers le français

    La porte qui se ferme

    Tu le vois, sœur : je suis fatiguée,
    fatiguée, usée, secouée,
    comme le pilier d’un portail étroit
    à la lisière d’une immense cour ;
    comme un vieux pilier
    qui toute sa vie
    aurait été la digue à la fuite impétueuse
    d’une foule enfermée.
    Oh, les mots prisonniers
    qui frappent frappent
    furieusement
    à la porte de l’âme
    et la porte de l’âme
    qui, peu à peu
    impitoyablement
    se ferme !
    Et chaque jour l’ouverture se rétrécit
    et chaque jour l’assaut est plus dur.
    Et le dernier jour
    – je le sais –
    le dernier jour
    quand une unique lame de lumière
    tombera du dernier interstice
    dans les ténèbres,
    alors ce sera la vague monstrueuse,
    le choc terrible,
    le cri mortel
    des mots non-nés
    vers le dernier rêve de soleil.
    Et puis,
    derrière la porte à jamais fermée,
    ce sera la nuit entière,
    la fraîcheur,
    le silence.
    Et puis,
    les lèvres serrées,
    les yeux ouverts
    sur l’arcane ciel de l’ombre,
    ce sera
    – tu le sais –
    la paix.
    Milan, 10 février 1931

    Texte original en italien

    Lieve offerta

    Vorrei che la mia anima ti fosse
    leggera
    come le estreme foglie
    dei pioppi, che s’accendono di sole
    in cima ai tronchi fasciati
    di nebbia –
    Vorrei condurti con le mie parole
    per un deserto viale, segnato
    d’esili ombre –
    fino a una valle d’erboso silenzio,
    al lago –
    ove tinnisce per un fiato d’aria
    il canneto
    e le libellule si trastullano
    con l’acqua non profonda –
    Vorrei che la mia anima ti fosse
    leggera,
    che la mia poesia ti fosse un ponte,
    sottile e saldo,
    bianco –
    sulle oscure voragini
    della terra.

    Traduction de l’italien vers le français

    Légère offrande

    Je voudrais que mon âme te soit
    légère
    comme les dernières feuilles
    des peupliers, qui s’embrasent de soleil
    au sommet des troncs enveloppés
    de brume –
    Je voudrais te conduire avec mes paroles
    par une allée déserte, marquée
    d’ombres fines –
    jusqu’à une vallée de silence herbeux,
    au lac –
    où tinte sous un souffle d’air
    le roseau
    et où les libellules s’amusent
    avec l’eau peu profonde –
    Je voudrais que mon âme te soit
    légère,
    que ma poésie te soit un pont,
    mince et solide,
    blanc –
    sur les sombres abîmes
    de la terre.

    Eleonora Pisano
  • My Diary

    Ce texte est un recueil d’extraits de journal intime écrits en anglais : une production intime que l’auteure a choisi de garder dans sa langue originelle.

    Texte en anglais

    01/05

    Dear Diary,

    It is the first time I do something like this. I don’t even know why I’m writing this now. It is so stupid and pointless but my therapist absolutely wants me to start writing a diary in order to put words on my feelings, thoughts, needs, dreams, emotions… tough things in my life that she loves calling “traumas”. Seriously, do I look like some main character of Disney or Netflix series? I just think it is uninteresting and a waste of time to keep sharing, talking… well, in my case, writing about my past, my feelings or my inner thoughts, especially when I don’t want to. Who cares? Sometimes, I wish I could tell Mrs Vaz Orniglia to leave me alone and stop seeing her… but then, I remember that she’s just trying to do her job with me and that I’m completely on my own. No one cares if I’m a broken, bleeding mess, so I just don’t care anymore. Everything seems so meaningless and insurmountable right now: studies, writing, social interactions, getting up and leaving my bed… life itself if I’m being honest.

    KS

    Journal intime

    01/18

    Dear Diary,

    Today, I saw my father… or let’s just say the stranger who used to yell at me when I was a child. I was literally and officially homeless after she put me out on the street. My sisters and my brother blocked my number on their phones and the only friends I have are virtual ones. A mixture of anger, pain, fear and disbelief was washing over me as I just kept walking, walking, walking… He suddenly appeared out of nowhere, making me squeal, and decided to follow me even though I told him to leave me alone. He wasn’t there when mom shut the door in my face in the most humiliating way possible after throwing me outside with nothing but my phone and clothes, so I didn’t need him. In fact, he was never there. Anyway, I was freezing and the sky was turning into a scary shade of deep blue so I eventually decided to listen to him and let him bring me to his place, considering I really had no choice. It was and still is so weird and embarrassing… but here I am, laying on this tiny bed. My father shares this apartment with two or three other men and now, I’m the one sharing a little messy bedroom with him. It is obvious that nobody cleans up here and I must admit that I don’t feel safe at all but it really seems like I’m stuck here for a long time… so I guess it’ll do for now.

    KS


    01/21

    Dear Diary,

    It has been three days since the last time. Have you missed me? How are you doing? Am I clinically insane for talking to my diary? Well… writing, to be more specific. Whatever. I feel lonely. Really lonely. I called the therapist this morning and told her I won’t see her anymore. I have been struggling with severe anxiety and depression for years now, a few more weeks or months won’t hurt. My father is working whereas I’m still laying in bed like some hideous corpse, mentally and physically numb. I really hate being here. Besides, my eyes are so red and puffy from crying all night which is so ugly and annoying. Anyway, I tried to distract myself by watching series and listening to music on my phone but Eddie’s deep voice is driving me insane. He must be sitting in the kitchen (my father forbade me to leave the room unless I want to pee, so I don’t really know) but I can clearly hear him, the obscenities that escape his mouth, making me shudder with repugnance. My little brother and sisters keep ghosting me because of my mother and it hurts. It hurts so badly that I just want to scream at the top of my lungs. It hurts to much that I only want to take out my own heart. It hurts so much that I can’t even feel the pain anymore. Am I empty?

    KS


    01/25

    Dear Diary,

    When I was eleven years old, I wanted to become a talented fashion designer. When I was thirteen years old, I wanted to become a famous actress. When I was fourteen years old, I wanted to become a popular singer. As long as I remember, I’ve always loved, dreamt of and wanted so many things. I don’t know when, where or how, but at some point, I realized that I just love creating. I love creating beautiful things, songs, complex characters and stories. I started to write at the age of twelve: I enjoyed writing fanfictions, especially funny, dramatic ones about my favorite romantic pairings. It gave me the power to escape reality and just be totally free. Everything is possible when I imagine stories and that’s amazing. Writing is the most wonderful and magical thing ever. It helped me during the scariest and darkest moments of my life… There’s nothing more exciting and comforting than to create characters, relationships, adventures, emotions, feelings, different worlds… My biggest dream is to publish a myriad of books full of hope, full of tragedy, full of life. I want my future readers to identify to my characters. I want to finally have a voice. My voice.

    KS


    Salle de sport

    02/14

    Dear Diary,

    It has been a long time. Today, I signed up for a gym membership. I know, it’s the worst idea of the year, but I just wanted to feel like I actually did something good for myself. I have been doing nothing for weeks. No shower, no friends to hang out with, no hobbies or studies. Nothing. I feel like I’m stuck in this horrible jail with my father and three middle-aged men. Moreover, I keep thinking about the fact that I dropped medical school and engineering school, that we’re halfway through the year and that I absolutely don’t know what to do with my life. I’m so lost and overwhelmed, my intrusive thoughts spinning around in circles. The perfect student who always had the best marks is gone. She’s exhausted. Lost. Overwhelmed. Mother must be right: I’m a useless failure with no future. I don’t even know what to do about it, where to begin… I don’t know what I want or love because no one has ever asked me about my true desires, dreams or life goals. My heart beats like a drum, hurting my chest, every time the words “studies” and “future” appear in my mind. I’m truly capable of nothing.

    KS

    Kahina Slimani
  • Nasty Little Witch

    Dans ce drôle de conte féérique modernisé, la protagoniste, une jeune fille, est différente de ses camarades de classe et amis : elle n’a pas une fée sur son épaule, mais une vilaine petite sorcière ! Ainsi, Kahina Slimani créé une métaphore des pensées qui minent l’estime de soi pendant l’adolescence, pour lui donner une solution imagée.

    Traduction du français vers l’anglais

    “I wish I was pretty,” Shira told herself, staring dejectedly at the mirror in her room.

    “Well… you aren’t. You are ugly and you will always be ugly.”

    That was the little witch on her left shoulder. She had greenish hair, a deep voice, a huge nose and her skin was orange.

    Whereas the other little girls had pretty, sparkling fairies on their right shoulder, Shira was the only one who had a nasty little witch.

    “That is because they all have perfect skin, straight hair and beautiful eyes… unlike you.”

    Shira bit her lower lip to stop herself from crying. It was true. She didn’t look like them, she wasn’t cute, pretty or stunning and her little witch kept reminding her of that fact every single day. She had vitiligo which made her skin look terrible, she had curly brown hair which was very hard to comb and differently colored eyes (one was blue and the other was green) which made her look like a weird monster. Some kids would always make fun of her at school, calling her a freak and other mean things. Her two best friends, Ellie and Claire, were always telling her that she was very beautiful in her own way but she didn’t believe them as she knew they were saying that to make her feel better. In fact, she couldn’t believe them because of her little witch’s voice.

    Sorcière en marionnette

    “Of course they would say that… you are their best friend, after all. But look at them: they both are pretty and they both have cute little fairies… unlike you.”

    Unlike you. Unlike you. Unlike you.

    Shira’s head was full of these cruel words.

    “Sweetie, come on, you are going to be late for school!” her mother shouted from the kitchen, startling her.

    “I’m coming, mom!” Shira replied after a few seconds.

    Her mother, Georgia, was the most gorgeous woman she had ever seen: her blonde hair was soft and silky, her skin was clear and radiant and her emerald eyes were always shining like real diamonds. Moreover, she was extremely confident, whereas Shira felt ill-at-ease. She couldn’t even tell her mom about what was constantly bothering her because she was afraid she wouldn’t understand.

    “Let’s go,” she finally mumbled.

    She took her small bag and went to school.

    As the days went by, the nasty little witch kept getting meaner and meaner. Her voice became so powerful that it completely filled Shira’s mind. She began to scare her classmates and friends. Therefore, the poor brunette was feeling lonelier and lonelier, which increased her insecurities, much to the witch’s delight.

    One day, Shira decided not to go to school because she was too sad and tired to get out of bed. Tears were rolling down her cheeks when her mother entered the small room. She sat down on the edge of the bed and stroked her back tenderly. The little witch was still here, but adults couldn’t see or hear fairies and witches.

    “What’s wrong, darling? Tell Mommy what’s making you so sad and she’ll make it disappear,” Georgia said with a sweet voice.

    The brunette started sobbing. Her mom hugged her tightly.

    “It’s… it’s… my hair… and my weird skin… and my eyes! I’m not beautiful… I want to be beautiful… The little witch is right,” she cried.

    “Oh, sweetie,” her mother whispered, “You are perfect the way you are. There’s nothing wrong with being unique because you are very special and precious in your own way. Your skin is breathtaking because it is your skin and you should embrace it, honey. Your eyes are so pretty, some people would give a lot to have them, you know. Having curly hair doesn’t mean you have ugly hair just because it is not straight: your curls compliment your cute round face so well… so why being so mean to yourself? Beauty is subjective, Shira, and there’s beauty in everyone. Everything. You should treat yourself nicely and love your appearance because it is the most gorgeous gift you could do to yourself. Love your hair, eyes, skin, face and body the way you would cherish someone you love deeply. Try to love yourself as much as I adore you more than anything, darling. Don’t let that nasty little witch’s voice fill your beautiful mind.”

    Shira stopped crying. She felt… lighter. Reassured. In fact, her mom was right. Everything she had just said made sense in her head.

    “No, she is not!” the witch protested.

    This time, Shira didn’t listen to her. Georgia then showed her pictures of herself when she had severe acne.

    “Oh, you had a little witch too?!” the brunette exclaimed, her eyes sparkling with surprise and wonder.

    “I did,” her mother smiled, “I thought I was the ugliest girl ever. I was so wrong… One day, I decided that she didn’t have the right to tell me whether I’m beautiful or not and it… worked.”

    “How?” Shira asked with curiousity.

    “Just close your eyes and say something nice to yourself.”

    Shira did so.

    “I… I… I am pretty.”

    She then opened her eyes and gasped at what she saw. The nasty little witch had turned into a sparkling little fairy! She was finally gone!

    Shira had never felt such joy.

    From that day on, she started loving herself more and more, and didn’t pay attention to mean people anymore.

    Texte original

    « J’aurais aimé être jolie, se dit Shira, en fixant le miroir de sa chambre d’un air dépité.

    — Eh bien… Tu ne l’es pas. Tu es laide et tu seras toujours laide.

    Cela venait de la petite sorcière sur son épaule gauche. Elle avait des cheveux verdâtre, une voix grave, un nez énorme et sa peau était orange.

    Tandis que les autres petites filles avaient des jolies, scintillantes fées sur leur épaule droite, Shira était la seule à avoir une vilaine petite sorcière.

    — C’est parce qu’elles ont toutes une peau parfaite, des cheveux lisses et des yeux magnifiques… contrairement à toi. »

    Shira se mordit la lèvre inférieure pour s’empêcher de pleurer. C’était vrai. Elle ne leur ressemblait pas, elle n’était pas mignonne, jolie ou superbe et sa petite sorcière n’arrêtait pas de lui rappeler cette vérité jour après jour. Elle était atteinte de vitiligo ce qui donnait à sa peau un aspect terrible, elle avait des cheveux bruns bouclés qui étaient très difficiles à coiffer et des yeux de couleurs différentes (l’un était bleu et l’autre vert) qui la faisaient ressembler à un monstre étrange. Certains enfants se moquaient toujours d’elle à l’école, la traitant de monstre et d’autres choses méchantes. Ses deux meilleures amies, Ellie et Claire, lui disaient toujours qu’elle était très belle à sa manière, mais elle ne les croyait pas, car elle savait qu’elles disaient ça pour qu’elle se sente mieux. En fait, elle ne pouvait pas les croire à cause de la voix de sa petite sorcière.

    Sorcière en marionnette

    « Bien sûr qu’elles disent ça… ce sont tes meilleures amies, après tout. Mais regarde-les : elles sont toutes les deux jolies et elles ont toutes les deux de mignonnes petites fées… contrairement à toi. »

    Contrairement à toi. Contrairement à toi. Contrairement à toi.

    La tête de Shira était remplie de ces mots cruels.

    « Ma chérie, allez, tu vas être en retard à l’école ! Lui cria sa mère depuis la cuisine, la surprenant.

    — J’arrive, maman ! répondit Shira après quelques secondes.

    Sa mère, Georgia, était la plus belle femme qu’elle avait jamais vue : ses cheveux blonds étaient doux et soyeux, sa peau était claire et radieuse et ses yeux vert émeraude étaient toujours brillants comme de vrais diamants. De plus, elle était extrêmement sûre d’elle, alors que Shira ne se sentait pas bien dans sa peau. Elle ne pouvait même pas dire à sa mère tout ce qui la dérangeait constamment, parce qu’elle avait peur qu’elle ne comprenne pas.

    — Allons-y, elle marmonna finalement. »

    Elle prit son petit cartable et alla à l’école.

    Au fur et à mesure que les jours passaient, la vilaine petite sorcière n’arrêtait pas de devenir de plus en plus méchante. Sa voix devint si puissante qu’elle avait complètement envahi l’esprit de Shira. Elle commença à faire peur à ses camarades de classe et ses amis. C’est pourquoi, la pauvre brunette se sentait de plus en plus seule, ce qui aggravait ses insécurités, au grand plaisir de la sorcière.

    Un jour, Shira décida de ne pas aller à l’école, parce qu’elle était trop triste et fatiguée pour sortir du lit. Des larmes coulaient le long de ses joues quand sa mère entra dans la petite chambre. Elle s’assit au bord de son lit et lui caressa tendrement le dos. La petite sorcière était toujours là, mais les adultes ne pouvaient ni voir, ni entendre les fées et les sorcières.

    « Qu’est-ce qui ne va pas, ma chérie ? Dis à Maman ce qui te rend si triste et elle le fera disparaître, dit Georgia d’une voix douce.

    La brunette commença à sangloter. Sa mère la serra très fort dans ses bras.

    — C’est… c’est… mes cheveux… et ma peau bizarre… et mes yeux ! Je ne suis pas belle… Je veux être belle… La petite sorcière a raison, s’écria-t-elle.

    — Oh, mon amour, murmura sa mère. Tu es parfaite comme tu es. Il n’y a rien de mal à être unique, parce que tu es très spéciale et précieuse à ta façon. Ta peau est à couper le souffle, parce que c’est ta peau et tu devrais l’accepter, mon ange. Tes yeux sont si beaux, certaines personnes donneraient beaucoup de choses pour les avoir, tu sais. Avoir les cheveux bouclés ne veut pas dire qu’ils sont laids juste parce qu’ils ne sont pas lisses : tes boucles s’accordent si bien avec ton joli visage rond… alors pourquoi être si dure avec toi-même ? La beauté est subjective, Shira, et il y a de la beauté en chacun d’entre nous. En toute chose. Tu devrais prendre soin de toi et aimer ton apparence, parce que c’est le plus merveilleux cadeau que tu peux te faire à toi-même. Aime tes cheveux, tes yeux, ta peau, ton visage et ton corps de la même manière que tu chérirais quelqu’un que tu aimes beaucoup. Essaye de t’aimer autant que je t’aime plus que tout, ma chérie. Ne laisse pas la voix de cette vilaine petite sorcière remplir ton magnifique esprit.

    Shira s’arrêta de pleurer. Elle se sentit… plus légère. Rassurée. En fait, sa mère avait raison. Tout ce qu’elle venait de dire faisait sens dans sa tête.

    — Non, elle ne l’est pas ! protesta la sorcière.

    Cette fois, Shira ne l’écouta pas. Georgia lui montra ensuite des photos d’elle quand elle avait une acnée sévère.

    — Oh, tu avais une petite sorcière aussi ?! s’exclama la brunette, ses yeux étincelant de surprise et émerveillement.

    — J’en avais une, lui sourit sa mère, je pensais que j’étais la fille la plus laide qui soit. J’avais tort… Un jour, j’ai décidé qu’elle n’avait pas à me dire si j’étais belle ou pas et ça a… fonctionné.

    — Comment ? lui demanda Shira avec curiosité.

    — Ferme simplement les yeux et dis-toi quelque chose de gentil.

    Shira le fit.

    — Je… je… je suis jolie. »

    Elle ouvrit alors les yeux et laissa échapper un cri de surprise devant ce qu’elle vit. La vilaine petite sorcière s’était transformée en scintillante petite fée ! Elle avait enfin disparu !

    Shira n’avait jamais ressenti autant de joie.

    Depuis ce jour, elle commença à s’aimer de plus en plus, et ne fit plus attention aux méchantes personnes.

    Kahina Slimani
  • Vers Libre

    Traduit du français vers l’anglais

    RetraitI am a chaos,
    An unsteady shadow,
    caught between the fear of loving
    and the fear of losing myself.
    Thus, I drift,
    alone, always alone.
    RetraitThe words are heavy,
    they open gaping doors
    onto unknown depths,
    and the cold is running right through me.
    RetraitI am sad
    saddened by the scars I leave,
    by the pain I lay
    without wanting to, without seeing it.
    This ingrained fear,
    this rift in my skin,
    this abandonment tattooed in my flesh.
    RetraitI don’t want to suffer anymore.
    But life…
    Life terrifies me.
    RetraitI’m drowning in the exhaustion of being me,
    in a reflection that doesn’t suit me anymore.
    Every day,
    I carry this burden
    of being broken,
    of being imperfect,
    of being myself.

    Texte original

    Retrait 5chJe suis un chaos,
    une ombre qui vacille,
    prise entre la peur d’aimer
    et celle de me perdre.
    Alors, je dérive,
    seule, toujours seule.
    RetraitLes mots pèsent,
    ils ouvrent des portes béantes
    sur des abîmes inconnus,
    et le froid me traverse.
    RetraitJe suis triste
    triste des cicatrices que je laisse,
    de la douleur que je dépose
    sans le vouloir, sans le voir.
    Cette peur ancrée,
    cette faille dans ma peau,
    cet abandon tatoué dans ma chair.
    RetraitJe ne veux plus souffrir.
    Mais la vie…
    La vie me terrifie.
    RetraitJe me noie dans la fatigue d’être moi,
    dans un reflet qui ne me parle plus.
    Chaque jour,
    je porte ce fardeau
    d’être brisée,
    d’être imparfaite,
    d’être moi.

    Sara Roudet
    Photo d'une femme de dos dans un sous-sol
  • Chemin cendré

    Traduit de l’anglais vers le français

    Personne n’aurait pu la voir, courant à travers le champ, à travers de hautes et plus hautes herbes encore, couverte de terre, d’eau et de boue. Sous le ciel orangé, un orange amer, devenant acajou et bientôt aussi rouge que le sang, aussi sombre que des corbeaux, bien qu’il n’y en ait aucun ici, la petite souris courait. Le ciel était également chargé d’affreux nuages, stygien ; il allait pleuvoir, peut-être qu’il y aurait aussi de l’orage, mais de ça, la souris n’en avait pas conscience, elle ne faisait que courir.

    En réalité, elle ne semblait aller nulle part spécifiquement, elle continuait d’aller, encore et encore, cachée par l’herbe d’un vivide corail écarlate qui emplissait le lieu, cherchant de la nourriture dans la terre infertile. Il n’y avait pas un endroit où la plante n’avait pas poussé comme de la mauvaise herbe, oubliée depuis longtemps, non entretenue, non désirée et sauvage. Elle semblait avoir gagné le combat contre les bouleaux encerclant la prairie, puisqu’ils étaient maintenant tous en train de s’effondrer comme une vieille mule, qui avait dû porter de lourds fardeaux jusqu’à ce qu’elle meure à son tour. Le long de la route abandonnée qui séparait la terre en deux se trouvait un poteau téléphonique avec des câbles coupés et un bois assombri.

    Soudainement, elle s’était arrêtée et avait regardé autour d’elle avec un semblant d’intelligence, mais elle était vraiment en train de penser, non, de ressentir : « besoin de manger, besoin de manger, besoin de manger » avec un estomac noué et elle suivait des lignes de fourmis qui menaient jusqu’à la route. Elles allaient et venaient sur le trottoir fait de terre et de poussière, organisées, elles soulevaient les grains pourrissants d’un sac oublié. Elles portaient des graines plusieurs fois supérieures à leur taille, suivant des passages alambiqués de phéromones jusqu’à chez elles.

    La souris n’avait pas de chez soi, il avait été détruit par un prédateur inutile et donc, sans nom, c’est pourquoi elle avait donc été en proie à la famine et avait dû lutter pour survivre pendant des semaines. N’importe qui n’aurait pas juste pu le deviner, mais le voir, que ce soit à cause de sa fourrure sale et de ses plaques ensanglantées ou, si vous la regardiez de plus près, de par ses côtes protubérantes, comme des bâtons enserrés par un matériau de plastique. Elle était trop petite pour son âge et se déplaçait bizarrement, se tordant avec beaucoup de difficulté pour se mouvoir.

    Si elle avait eu l’intelligence pour développer de telles pensées, elle se serait dit : « j’ai désespérément besoin de nourriture. Dans un monde idéal, j’aurais cette chose que j’avais trouvée une fois, remplie de nombreuses ressources, peut-être avec un peu d’eau claire aussi, mais hélas, ces grains pourris feront l’affaire ! » Ils feront si bien l’affaire qu’elle emplit sa bouche d’autant de grains qu’elle le pouvait, comme un écureuil affamé, et s’enfuit plus loin sur le trottoir avant que les fourmis ne se tournent contre elle.

    Manon Lainé
  • Ashy Lane

    Manon Lainé

    L’auteure a écrit une nouvelle en anglais, de la perspective… d’une souris. On vous laisse lire l’incipit. Immergez-vous dans ce paysage en tempête. Imaginez la suite !

    Texte en anglais

    No one could have seen it, running through the field, through high and higher grass, covered in dirt, in water, in mud. Under the orangey sky, bitter orange, turning mahogany and soon as red as blood, as dark as ravens, though there weren’t any here, the little mouse was running. The sky was also filled with ugly clouds, Stygian—it would rain, perhaps it would storm too, but of that, the mouse wasn’t aware, it was just running.

    In fact, it didn’t seem to go anywhere specific, it kept going, round and round, hidden by the vivid scarlet coral grass that filled the place, searching for food in the unproductive land. There wasn’t a place the plant hadn’t grown like weeds, long since forgotten, unkept, unwanted and wild. It had seemed to win the battle against the birch trees that surrounded the prairie, for they were all now crumbling like an old mule that had had to carry heavy loads until it died too. Along the abandoned road that split the land in two was a telephone pole with cut cables and darkened wood.

    Suddenly, it came to a stop, looked around in near intelligence, but was really thinking — no, feeling: ‘need to eat, need to eat, need to eat’ with a twisted stomach and followed lanes of ants leading to the road. They came and went on the sidewalk made of dirt and dust, they were organized, lifting grains which were rotting away from a forgotten bag. They carried several times their sizes in seeds, following convoluted paths of pheromones back to their home.

    The mouse didn’t have any home, it got destroyed by a useless and thus unnamed predator, and so it starved and had been struggling to survive for weeks. Anyone could have not just guessed, but seen that, whether it be because of its dirty fur and patches of bloody skin or, if you looked closely enough, from its protruding ribs, like a plastic material wrapped around rods. It was too small for its years of life and moved funnily, twisting with much difficulty to move around.

    Had it had the mind to have such developed thoughts, it would think: “I need food, desperately. In an ideal world, I would have that thing that I found once, filled with a lot of resources, perhaps with some clear water too, but alas, those rotten grains will do just fine!” So fine, actually, that it filled its mouth with as much as it could, like a famished squirrel, and fled further onto the sidewalk before the ants decided to turn on it.

    Manon Lainé
  • Mauvaise journée

    L’originalité de ce texte tient du fait qu’il s’adresse directement à un « tu ».

    Le téléphone a sonné ce matin. Tu as décroché, ta curiosité à peine contenue, car ton mari n’est pas rentré depuis trois jours. Tu as signalé sa disparition après une nuit d’angoisse durant laquelle tu t’es imaginé une multitude de scénarios. Est-il parti pour tout recommencer avec une deuxième famille qu’il aurait eue avant toi ? Peut-être l’a-t-on enlevé ? Il est là, quelque part, attendant qu’on le délivre, parce qu’en vérité, il trempe dans quelque chose de louche… Non ! Ça ne lui ressemble pas. Un sourire se dessine sur ton visage lorsque tu l’imagines faire quelque chose d’illégal. Impossible, venant d’un homme aussi peureux. Tu imagines aussi qu’en réalité, il est mort. Et que c’est toi la coupable. Après des années de vie commune, tu en as eu marre de lui. Tu as fini par le frapper. Très fort. Ensuite, tu t’es débarrassée de son cadavre. Tu sais que la police te soupçonnera, mais il est agréable de vivre seule à nouveau après toutes ces années. La sonnerie persistante du téléphone te coupe dans tes réflexions. Tu décroches, le cœur battant. La déception est grande : il ne s’agit que de ta mère, qui prend des nouvelles. À 5h30 du matin. Sa voix criarde te perce les tympans. Tu devrais raccrocher. Tu sais très bien que si tu continues à l’écouter, le début de ta journée sera gâché. Alors, c’est ce que tu fais. Tu lui raccroches au nez. Tu as bien fait. Il fait nuit noire, le froid fait trembler ton corps. Tu t’éloignes du téléphone et arrives dans la cuisine. Le carrelage est glacé. Tu te demandes si retourner au lit n’est pas la meilleure idée que tu pourrais avoir aujourd’hui. Retourne au lit, tu y seras tellement mieux ! Mais finalement, tu décides de te préparer pour aller travailler. Tu aurais mieux fait de rester sous la couette. Malheur ! La journée promet d’être impitoyable. Le café peine à te réveiller, et aujourd’hui, son goût te semble particulièrement infect. Ce n’est que le début…

    Léane Naceri
    Téléphone accroché au mur