Le Signe Déchaîné

Le Magazine des Lettres de l’université Lumière Lyon 2

Archives : Textes

  • Ami Imaginaire

    Dans le noir, tu es là, tout près de moi. À peine ai-je les yeux fermés que tu me rejoins. Personne d’autre ne te voit. Tu n’es qu’à moi.

    Au début, j’avais peur. La première fois, tu m’effrayas. La deuxième fois, tu m’apeuras. La troisième fois, tu m’inquiétas. Et la quatrième, tu m’étonnas.

    Après, je t’attendais, te voulais. Sans toi, je m’ennuyais. J’avais besoin de toi, à côté de moi. La solitude, tu l’as fait fuir. L’ennui, quand tu apparais, ne peut que se fuir.

    Depuis, quand je le peux, je ferme les yeux. Mes lèvres s’étirent quand tu arrives. Avec toi, plus jamais, je ne suis malheureux. Pas un mot, tu ne dis, mais toujours tu souris.

    Reposant, amusant, aimant. Ton rire franc, tes bras sécurisants, tes yeux réconfortants ; tant de mots te caractérisant…

    Ils me l’ont tous affirmé : un jour, tu t’évaporeras. Je n’y crois pas, je ne le veux pas. Tu ne peux pas. Et pourtant… Aujourd’hui, ton regard me le confirme, mon cœur se brise en mille éclats – éclats de verre. Sans toi, que vais-je faire ?

    M’abandonner ainsi, au milieu de ce monde de vipères ! N’as-tu pas honte ?

    Oh non, ne pleure pas, cher ami imaginaire. … Accepte une dernière fois que je me terre dans tes bras. Pleurons à l’unisson, pendant que je te sens disparaître.

    Dans le noir, tu n’es plus là, tu es si loin moi.

    Yseult Guinard
  • Récifs

    Image de coraux

    Retrait 10chRien n’est plus malaisé
    Retrait 15chÔ Lieu d’Intelligences
    Retrait 20chQue d’atteindre tes bords
    Retrait 25chOù les lents tramways vrillent
    Retrait 20chIl faut pourtant entrer
    Retrait 15chAvec vive cadence
    Retrait 10chDans tes entrailles où
    Retrait 5chLa laideur s’éparpille
    Retrait 10chRécifs d’arches de gris-bleu
    Retrait 15ch Frêles et délavées
    Retrait 20chIl faut aller sans rire et
    Retrait 25chFeindre un œil sévère
    Retrait 20chSur tes tôles envahies
    Retrait 15chQue d’autres vont laver
    Retrait 10chComme sur un
    Retrait 5chVestige à tous
    Les vents ouvert

    Malo Berthelot
  • Pulsion de grimpe

    Je rentre dans cette salle, j’observe ces parois qui m’entourent
    Et tout me semble plus calme
    Plus clair, comme
    Un enfant encore dans le ventre de sa mère
    J’ai une corde comme cordombilical
    Et chaque voie gravie est comme une renaissance
    Les tapis verts du sol deviennent le matelas de mes rêves
    Où je réussis à m’élever au-dessus de mes problèmes
    Grimper pour vivre, pour être libre, pour exister
    Pleinement
    Car lorsqu’une chute peut signifier la mort
    On se rappelle l’importance de se raccrocher à la vie
    Grimper pour rendre puissance au mouvement pur
    Par nécessité, pulsion de la passion

    Micro arquées, arc de corps bandé dans le balan du jeté

    L’escalade est art ; profondément
    Du rouge azur au vermeil anthracite
    Les murs deviennent des tableaux peints aux couleurs des prises
    Et il faut danser au milieu de ceux-ci
    S’envoler ;
    S’élever,
    Retrait 12chChuter
    Parfois à force de trop vouloir imiter Icare on finit par se brûler les ailes
    Et les cordes ne sont plus là que pour s’y pendre
    Douter de sa méthode, douter de
    Soi
    Je ne grimpe plus que sur les parois de mon cœur désossé
    Et je me réfugie dans l’étreinte apaisée d’une prise
    Réanimant ma flamme, mon désir
    Puis je retourne consumer la pulpe de mes doigts

    Brûlés par la passion

    Quentin Demaison
  • Impossible de détester les cookies

    L’université Lyon 2 c’est parler autour de sujets venimeux
    Un resto U où tu ne manques pas de faire la queue
    Sans oublier le tram T2
    Tu y passes 1 heure collé aux gens malheureux

    La cafèt…
    Ce lieu de l’université à Porte des Alpes sûrement le pire.
    On sort du tram côté Parilly, à peine 12 h passé,
    On ne peut circuler sans se faire écraser par la queue.

    Cette fameuse queue qui ne s’arrête jamais, elle s’agrandit encore et encore, sans jamais s’arrêter.
    Les gens se bousculent pour être les premiers à être servis.
    Tout ça pour de bons sandwichs industriels
    Qui n’ont aucun intérêt.

    Le pain, excellent, bien rassis comme il faut.
    La salade, quel régal, admirablement cuite.
    Le poulet, un réel plaisir tant pour son côté industriel que son côté chewing-gum.
    Les donuts, là on atteint un summum de jouissance, si vous voulez prendre 10 kilos foncez.

    Mais il y a une chose, un aliment qui dépasse toutes les attentes.
    Je ne puis le blâmer : le COOKIE.
    Ils ont fait fort ! C’est un des aliments les plus réjouissant,
    Il se démarque par sa douceur et son goût exquis.

    L’extérieur bien croquant, et l’intérieur d’un moelleux sans nom.
    Son cœur onctueux m’envahit de toute sorte d’émotions.
    Mais notamment la confusion.
    Je suis confuse entre l’adorer ou le détester.

    Le détester pour son prix mirobolant, 2 euros, vous imaginez !
    Ça ruine. Mais il me semble que cette victuaille en vaut la peine
    La sensation qu’il procure dès le premier croc
    Est indescriptible, on succombe facilement à la tentation

    Quoi qu’il en soit on peut le détester pour son nombre de calories, 1 000 calories !
    Non je vous assure, bon peut-être pas tant, enfin, ça reste détraqué.
    Presque pire que les donuts. Mais, non, après réflexion,
    Il est impossible de le détester, il est parfait !

    Tiphaine de Rivoyre
  • Les machines à café

    un rituel sacré dans le temple de ruine
    où les connaissances accueillent des jeunes esprits
    passer chaque fois devant les machines divines
    silencieuses et froides sources d’insomnie.

    son corps en fer doué d’esprit à demi
    étrangement m’attirait.
    ses promesses amères ses parfums brûlants
    ils ravivaient en moi des désirs oubliés.

    il réveilla en moi une obscure obsession
    violente.

    ses grosses entrailles muettes avalent
    mon espoir
    liquide noir agenouillé je t’en supplie de couler
    elle me laisse stupide au silence du
    couloir
    condamné à la contempler je suis privé de son accès.

    le destin n’est qu’un jeu purement infernal.
    ses tortures sont cruelles jamais apaisées
    peu importe mes tentatives l’issue est fatale
    mais je ne fuirai jamais
    les machines
    à
    café.

    Stanislav Chobobar
  • Pianissimo

    Tu décèles le brouillard
    le sommet de l’évanescence
    O réalité, de sa vanité, tu la pointes du doigt,
    Divinement fragile.
    Tu la laisses se miroiter des mille reflets,
    Évanoui dans les eaux lasses et lentes où l’encre
    s’est écoulée.
    Ton souffle capturé à l’aube de tes lèvres,
    le dernier, pianissimo,
    un soupir délicat, lourd de tes secrets
    des nuances granulées de cendres.
    Je ne discerne plus ton visage, mais j’embrasse
    ton ultime éclat
    Tu as sculpté le mouvement du vent qui s’éveille,
    de la terre qui rougit de sa perpétuelle renaissance,
    Et dans mille ans, l’empreinte de tes souliers dans
    l’asphalte demeurera.
    Tu es la perle moulée dans les limbes du temps.

    Ninon Demange
  • Hommage au défunt

    Portrait d'Emile Zola

    Emile Zola

    1840-1902

    Écrivain, journaliste et intellectuel français, figure majeure du naturalisme. Il est surtout connu pour Les Rougon-Macquart, une fresque romanesque en vingt volumes qui explore l’influ­ence de l’héré­dité et du milieu sur les individus. Engagé politiquement, il joue un rôle clé dans l’affaire Dreyfus avec son célèbre article J’accuse… ! (1898). Ses œuvres, comme Germinal dépeignent avec réalisme la société de son époque. Il meurt asphyxié en 1902, dans des circonstances encore controversées.

    Toi, enfant, abandonné dans la pauvreté
    À Paris, tu grandis, vie de bohémien
    Et jamais tu n’as cédé à la facilité,
    Passionné de trouver de multiples chemins,

    En quête de vérité chez les lettrés,
    Déambulant dans des ateliers pour trouver siens,
    En créant ton propre monde dans l’humanité,
    Chef avant-gardiste, bafouant l’art académicien,

    Ton écriture qui regorgeait de description,
    Perdu entre tes pensées et la fiction,
    Tu étais miroir brisé, cœur plein de victoires

    Sous l’ombre des grands bois repose ta mémoire,
    Avec ta plume évangélique et salvatrice,
    Celle-ci perdura dans les œuvres de l’histoire.

    Sara Roudet
  • À Marie-Catherine d’Aulnoy

    Portrait de Marie-Catherine d’Aulnoy

    Marie-Catherine d’Aulnoy

    1652-1705

    Écrivaine du XVIIe siècle, est l’une des figures fondatrices du conte de fées en littérature française. À travers ses récits, elle mêle habilement le merveilleux et la moralité, offrant des histoires peuplées de princesses, de fées et de créatures fantastiques, tout en abordant des thèmes tels que l’amour, la vertu et la quête identitaire. Son style, à la fois imagé et symbolique, permet une réflexion sur les valeurs sociales et humaines de son époque. En popularisant le genre du conte de fées, d’Aulnoy a contribué de manière significative à l’évolution de la littérature, marquant durablement l’histoire littéraire française

    Toi la première conteuse
    Par l’Histoire effacée
    Derrière les traits de Charles
    Ensorcelée.
    Où diable sont passés ta fin heureuse
    Et tes succès, dont personne ne parle ?

    Finette, Rosette, Moufette
    Fées Fanferluche et Merluche,
    Magotine et Cancaline
    Toutes délaissées comme si un charme de la Fontaine
    Dans le Temps les avait figées
    Sur l’Île de la Félicité.

    Mais toi du merveilleux la souveraine
    Femme libre, sans chaînes
    Dont la flamme ne s’allégea
    Dans tes vers tu l’inscrivais déjà :
    « Il faut laisser faire le temps ;
    Chaque chose a son point de vue ;
    Et quand l’heure n’est point venue,
    On se tourmente vainement. »
    Alors je le clame et je te souhaite
    Qu’un beau jour justice soit faite
    Et qu’aux côtés de Charles le roi
    Se dresse le portrait de Madame d’Aulnoy.

    Toi conteuse de l’ombre, oubliée par l’Histoire
    Qui avait l’esprit vif, regorgeant de merveilles
    Ce don de la fable, cette passion vermeille
    Laisse-moi chanter pour honorer ta mémoire.

    Une intrépide femme, au destin romanesque
    Candide enfant précipitée dans l’hyménée
    Puis pour ta farouche revanche emprisonnée
    Fuite victorieuse, errance rocambolesque.

    Piégée entre le pays de Molière
    Et celui du chevaleresque Cervantès
    Tu déroulas tes talents de parolière.

    Parisienne salonnière, princesse
    Ou fée des contes fameux de ma mère l’Oye
    J’ai nommé Madame la baronne d’Aulnoy.

    Chloé Néant
  • Plume Indomptée

    Portrait d'André Gide

    André Gide

    1869-1951

    André Gide, écrivain et essayiste du XXe siècle, est l’une des voix les plus influentes de la littérature française moderne. Son œuvre, à la fois intime et engagée, explore les complexités de la condition humaine, les dilemmes moraux et la quête de liberté. À travers des romans comme L’Immoraliste et Les Faux-Monnayeurs, Gide interroge les notions de vérité, de sincérité et de morale, tout en défendant une vision de l’individu libre et autonome. Son style, précis et novateur, mêle réflexion intellectuelle et exploration des passions humaines, et son œuvre a marqué un tournant dans la littérature du XXe siècle, influençant profondément les écrivains et les penseurs de son époque

    À vous auteurs du moi, d’extrêmes et d’opposés,
    De Walter à Michel, vous nous parlez de Gide,
    Sur tous vos états d’âmes, vous êtes lucides
    Au fil de vos œuvres, les voilà exposés

    Les extrêmes me tourmentent, vous avez avoué,
    Puritain hédoniste, en vous cela réside,
    Sincère mais retors, chez vous qui donc décide ?
    À l’expression de vous, votre plume est vouée

    Votre vie toute entière est un cri infini,
    Les normes éclatées font de vous un génie,
    Pour votre siècle entier, vous êtes capitaine.

    Votre passage ébranle toute certitude,
    Pour votre liberté, vous brisez chaque chaîne,
    Entre vice et amour, votre œuvre est multitude !

    Ce texte a été rédigé en 2024-2025 et publié dans le magazine de la même année.

  • Poème à Colette

    Portrait de Colette

    Colette

    1873-1954

    Auteure française incon­tour­na­ble, est surtout connue pour ses romans sensuels et sa manière unique d’explorer les émotions humaines. Elle se fait d’abord connaître avec la série Claudine, une œuvre semi-autobiographique qui révèle son talent pour capturer les complexités du désir, de l’amour et de la condition féminine.

    Son écriture, à la fois poétique et réaliste, offre une vision intimiste de ses personnages, tout en abordant des thèmes de liberté, de sensualité et d’indépendance. Colette, qui a également été journaliste, scénariste et danseuse, a marqué la littérature du XXe siècle par sa capacité à décrire avec une grande finesse les nuances de l’âme humaine.

    Tu étais la peur de tous les hommes sur cette terre,
    Femme indépendante qui n’a besoin de rien
    Tu n’avais aucunement besoin qu’il soit tien
    Maintenant tu n’es plus là, maintenant on erre

    En tant que femme tu resteras notre mère
    Tu es notre modèle contre ces vauriens,
    Eux, qui persistent à nous traiter comme des chiens.
    Maintenant tu n’es plus là, toi qui nous es chère.

    Ah, tu nous impressionnais avec ce culot.
    Toi, tu étais celle qui osais vraiment tout.
    Ah, descend du ciel que l’on sorte de l’eau.

    Reviens corriger cet art, maintenant si mou,
    Ceux qui ne te comprennent pas sont des idiots,
    Car avec toi tout est tellement plus doux.

    Léa Jeanguyot