Le Signe Déchaîné

Le Magazine des Lettres de l’université Lumière Lyon 2

Archives : Textes

  • Que fait la France de tous ses jeunes perdus ?

    Depuis maintenant 15 ans, la France bénéficie du service civique qui permet à de nombreux jeunes de trouver leur voie. En ce début 2025, cette aide est devenue fragile par manque de gestion du budget.

    Je suis étudiante en lettres appliquées. Je ne sais pas ce que je vais faire à l’avenir. En 2010, l’État français a mis en place un dispositif visant à encourager l’engagement de citoyenneté et de soutien public grâce au service civique. En effet, effectuer une mission locale ou à l’étranger permet de s’ouvrir et de découvrir un milieu, afin de trouver une voie dans un domaine qui pourrait définir une vie.

    Fin janvier, toutes les signatures de contrat ont été bloquées par le gouvernement en attente du budget 2025. Aujourd’hui, les contrats ont pu reprendre mais cela pourrait se stopper à nouveau. Les crédits du dispositif restent fragiles et les jeunes perdus comme moi s’inquiètent à l’idée de passer à côté de quelque chose qui apporte à tous.

    Certes le système a été remis en place, mais le budget en pâtit et reste délicat, donc très incertain pour la suite. Comme le disent la plupart des jeunes ayant fait un service civique, c’est une opportunité énorme pour celles et ceux qui n’ont aucune expérience dans le domaine professionnel et qui peinent à trouver du travail. Avoir fait du bénévolat ou des missions qui aident au profit de tous attire forcément l’œil lorsqu’on regarde un CV, ainsi trouver un job devient plus aisé.

    Je suis étudiante et un peu perdue, j’espère que notre État comprend que beaucoup d’entre nous ne savent pas quoi faire de leur futur et qu’il fera le maximum pour aider sa jeunesse.

    Pénélope Cros
  • Pass culture : un coup de gel qui refroidit l’avenir

    Le gouvernement met en pause le budget du Pass Culture, une décision qui interroge sur la place de la culture dans les priorités nationales.

    En pleine période d’austérité budgétaire, l’argument est connu : rationaliser les dépenses en faisant des choix importants. Mais dans ce tri, pourquoi la culture est-elle toujours la première à trinquer ? En offrant 300 euros aux jeunes de dix-huit ans pour accéder à divers lieux culturels, l’État investissait dans l’avenir, favorisant un lien direct avec les œuvres et les créateurs. Ce gel sonne comme un renoncement à cet engagement.

    Le Pass Culture avait pourtant prouvé son utilité. Il permettait à de nombreux jeunes, dont certains issus de milieux défavorisés, d’ouvrir une porte vers des horizons qu’ils n’auraient pas pu explorer autrement. En freinant cet élan, le gouvernement envoie donc un signal inquiétant : la culture, l’art et la lecture représentent une dépense superflue.

    Mais que faut-il attendre ? Un contexte économique meilleur ? Une priorité budgétaire plus clémente ? Pourtant, s’il y a bien un secteur qui ne devrait jamais être sacrifié, c’est celui qui alimente l’esprit critique et la création.

    Geler le budget du Pass Culture, c’est accepter l’idée que la découverte artistique ne fait pas partie des nécessités d’une génération en pleine construction. C’est oublier que la culture, bien plus qu’un divertissement, est un vecteur de cohésion et d’émancipation. À force de considérer cet investissement comme non essentiel, on risque de priver des millions de jeunes d’un droit primordial : celui de se nourrir de leur patrimoine afin d’avoir une fenêtre sur le monde.

    Kahina Slimani
  • Quand le silence vaut mille maux

    47 minutes. C’est le temps nécessaire pour écouter Is This What We Want? (Est-ce cela que l’on veut ?), album-manifeste sorti le 25 février 2025 par un collectif de plus de 1 000 artistes britanniques, dont Kate Bush, Damon Albarn, Annie Lennox et Hans Zimmer. Pas de musique, seulement quelques bruits lointains qui habillent le silence. Derrière ce mutisme, la dénonciation d’un projet de loi du gouvernement britannique.

    Le texte législatif proposé permettrait aux intelligences artificielle d’exploiter les œuvres normalement protégées par les droits d’auteur, sans l’accord des créateurs, pour améliorer leurs algorithme. Pour le secteur, déjà fragilisé par la précarisation des artistes, la menace est réelle. Le silence devient un moyen de contestation, un cri d’alarme qui résonne dans tous les domaines.

    La réponse est claire, les douze titres forment la phrase « Le gouvernement britannique ne doit pas légaliser le vol au profit des sociétés d’intelligence artificielle », un geste politique marquant.

    Cet acte fait écho à l’œuvre de John Cage. En 1952, il sortait 4’33”, une œuvre de quatre minutes et trente-trois secondes, où le silence s’impose comme un acte de réflexion. Is This What We Want? s’inscrit donc dans cette tradition où l’absence de son devient un message plus fort que n’importe quelle parole engagée.

    Mais la question soulevée va au-delà de l’enjeu du droit d’auteur : elle interroge l’avenir même de la création artistique à l’ère de l’intelligence artificielle, dans les arts. En laissant les IA puiser librement dans le répertoire existant pour devenir plus performante, ne risque-t-on pas de voir naître une musique déshumanisée, considérée comme produit de consommation ? La crainte des artistes est claire : que leur voix soit étouffée sous le poids d’une production automatisée.

    Ninon Demange
  • La fanfiction

    Avec l’avènement et la démocratisation du multimédia, n’importe qui peut désormais avoir accès à un support vidéoludique et laisser libre cours à son imagination pour créer ce dont il a envie.

    Ainsi, de nombreuses œuvres ont vu le jour, notamment des fanfictions — ou histoires alternatives — situées dans un univers déjà existant, avec des personnages établis ou inventés par l’auteur amateur dans le cadre de l’œuvre originale. Ma première expérience avec ce genre de contenu fut Red vs Blue, une série composée de divers sketchs réalisés simplement au départ à l’aide des outils du jeu dont est tiré l’univers de la fanfiction. L’écriture n’avait alors pour seul but que de faire rire en mettant en scène des situations comiques avec des personnages inédits.

    Au fil des années, les moyens se sont développés, et des outils toujours plus performants ont permis une plus grande liberté créative. L’écriture s’est alors enrichie, complexifiant les personnages et l’histoire, bâtissant un véritable scénario ordonné autour d’une chronologie cohérente entre les épisodes. Finalement, cet essai est devenu une série digne d’être diffusée sur des plateformes de streaming comme Netflix — une ascension incroyable pour une série à l’origine si modeste !

    Succès inégal, qualité disparate.

    Cependant, toutes les histoires ne connaissent pas un tel succès. Prenons l’exemple de la série inspirée de l’univers de Warhammer 40k : If the Emperor had a Text-to-Speech Device.

    Placée dans un univers alternatif des romans, cette fanfiction imagine un scénario inédit et parodie les personnages existants. Utilisant des images découpées et animées de manière simple, elle privilégie le format audio pour raconter son histoire.

    Malheureusement, la série a dû être interrompue en raison de la politique très stricte du studio détenteur des droits de Warhammer, qui limite l’utilisation de sa marque. Toutefois, le créateur ne s’est pas laissé abattre et a lancé Hunter: The Parenting, une autre série inspirée d’un jeu de plateau. Fort de son expérience, il a pu proposer une œuvre de meilleure qualité, avec des moyens plus conséquents.

    Comme toute création de divertissement, les créateurs de contenu dépendent du soutien financier de leur audience. Grâce à ce modèle, de nombreuses œuvres amateurs de grande qualité ont vu le jour avec peu de moyens. Citons par exemple Nimona sur Netflix, Hazbin Hotel sur Amazon Prime, One Punch Man, ou encore The Amazing Digital Circus, qui a d’ailleurs été nommé pour le prix de la Best Character Animation – TV/Media. Un résultat impressionnant pour une œuvre amateure qui ne comptait, à son lancement, qu’un simple épisode pilote d’une vingtaine de minutes…

    Duncan Mathon
  • L’IA dans le monde de l’édition

    À première vue, l’intelligence artificielle semble bénéfique au monde de l’édition en assistant la production littéraire, mais certains pans du secteur sont mis en danger par les questions juridiques complexes qu’elle soulève en matière de droits d’auteur.

    Depuis des années, l’intelligence artificielle s’infiltre dans nos vies. De nombreux métiers l’intègrent progressivement dans leur processus de création, et le monde de l’édition n’y échappe pas. Aujourd’hui, en France, si elle est encore loin de remplacer les écrivains en raison de ses « faibles » performances dans le domaine de la fiction, ce n’est pas le cas pour la traduction, où les professionnels deviennent de plus en plus des correcteurs et réviseurs de traducteurs en ligne, comme DeepL. Le statut des artistes-auteurs, qui repose sur une rémunération sous forme de droits d’auteur, est ainsi remis en question. Il en va de même pour les illustrateurs. « Plusieurs illustrateurs nous disent qu’il y a une baisse de leurs commandes, allant jusqu’à 30 % cette année [2023] », indique Stéphanie Le Cam, directrice de La Ligue des auteurs professionnels. Les maisons d’édition restent réticentes à l’idée de faire appel à des IA pour illustrer leurs livres. Pourtant, en 2023, certains ouvrages publiés ont été illustrés par IA, notamment grâce au programme Midjourney, comme Mathis et la forêt des Possibles de Jiri Benovsky, initial_A de Thierry Murat et Jésus de Jean-Christian Petitfils.

    La question des droits d’auteur mise en avant

    En France, la loi protège l’œuvre originale qui porte « l’empreinte de la personnalité de son auteur ». Ainsi, pour le moment, le droit d’auteur ne s’applique qu’à une personne physique, c’est-à-dire un être humain. Mais un artiste peut-il revendiquer les droits d’auteur d’une œuvre générée par IA ? La question reste juridiquement floue. On pourrait penser que si l’œuvre est un produit brut généré par l’IA, elle n’est pas empreinte de la personnalité de son utilisateur, sauf si ce dernier retravaille ce produit par la suite. Dès lors, l’auteur ne confère-t-il pas à leur réalisation commune une part de lui-même ? Une autre question se pose : celle des œuvres dont se nourrit l’IA pour générer du contenu. En septembre 2023, les auteurs George R.R. Martin et John Grisham ont saisi la justice américaine contre la start-up OpenAI. Ils l’accusent d’utiliser leurs romans en violation de leurs droits d’auteur. Pour répondre à ce problème, l’Union européenne souhaite faire adopter un texte, l’IA Act, qui obligerait les IA, dans la mesure du possible, à fournir un « résumé détaillé » des données protégées par les droits d’auteur qu’elles utilisent.

    Une aide à l’écriture pour les auteurs

    Malgré ces enjeux, lorsqu’elle est bien utilisée, l’IA peut s’avérer être une aide précieuse pour certains auteurs en facilitant leurs recherches ou en proposant des structures narratives. Elle permet aussi d’éviter le fameux syndrome de la page blanche.
    Loin d’être uniquement une menace pour les métiers de la création, l’IA doit encore être apprivoisée par notre société afin qu’elle nous assiste sans nous remplacer.

    Yseult Guinard
  • « Plus je suis professeure, plus j’aime ce métier »

    Cette interview porte sur Mme Adélaïde Dewavrin, enseignante de langue en lycée et à université. Durant des discussions préalables à l’entretien, j’ai pu lui présenter le but de cette intervention : enquêter sur un professionnel d’un secteur qui m’intéresse, dans le cadre du TD Pratiques d’Écriture.

    Est-ce que vous pourriez m’en dire plus sur votre parcours scolaire pour arriver jusqu’au métier de professeure ?

    Oui. Alors, j’ai fait un BAC S, scientifique, puis une classe préparatoire hypokhâgne-khâgne au lycée du Parc, à Lyon. Je suis ensuite partie en Licence 3 LLCER Anglais à l’Université Lyon 2. Après cette licence, j’ai continué à Lyon 2 et j’ai fait une année d’Erasmus à Dublin, en Irlande. Je suis rentrée à Lyon pour faire une deuxième année de Master LLCER Recherches et un mémoire sur les suffragettes et leurs rapports au corps. J’ai eu mon master, mais après l’avoir eu, je ne savais pas trop ce que je voulais faire, du coup, j’ai fait une année de césure. Enfin, césure en quelque sorte, j’ai fait une année de service civique dans une collectivité territoriale de Nantes, pour lutter contre les discriminations. Et après, je suis rentrée à Lyon et j’ai passé l’agrégation.

    Sachant que vous travaillez normalement dans les lycées, pourquoi choisir d’aller travailler aussi à l’université ?

    En fait, je fais juste un TD à l’université et je pense que je vais arrêter l’année prochaine, parce que ça prend beaucoup de temps. Mon but, c’était de voir un petit peu différentes choses. Vu que j’ai l’agrégation, je voulais voir si j’avais envie de postuler pour des post-BAC, éventuellement en prépa ou quelque chose comme ça, plus tard. Parce que c’est une possibilité avec l’agrégation. Somme toute, il faut avoir un excellent dossier, c’est rare. Mais ça m’intéressait de tenter l’expérience, parce que je suis dans un lycée dans lequel le niveau n’est pas toujours extraordinaire, même s’il y a des élèves qui sont extrêmement bons. J’étais intéressée par l’idée de faire des cours un petit peu plus théorique. L’avantage de l’université, c’est qu’il n’y a pas de discipline, etc. Donc, c’était pour voir un peu, mais en fait, je me plais bien au lycée et les lycéens sont le public avec lequel je préfère interagir, parce que je me suis rendu compte que j’aime bien faire de la discipline justement.

    Quels types de cours avez-vous eus à enseigner ?

    Du coup, c’est la deuxième année que je fais un TD d’anglais rédactionnel pour des Licences 3, sinon en cours au lycée, j’enseigne à des secondes, des premières, des premières spécialités, des STMG et un BTS aussi, en BTS comptabilité gestion.

    Quel profil faut-il avoir pour être professeur ? Quelles qualités spécifiques ?

    Déjà, cela dépend de la matière que le professeur enseigne, à quel niveau. Mais, pour l’anglais, je pense qu’il faut être curieux. Pour moi, c’est impossible d’être professeur sans être empathique, il est important de donner de son temps. Au lycée, je pense que ce n’est pas nécessairement l’amour de la matière qui doit primer, puisqu’en fait, on fait peu de choses aussi élaborées que ce qu’on a fait pendant nos études. C’est plutôt l’amour de la pédagogie qu’il faut avoir. Et pour en avoir discuté avec des collègues et des personnes qui ont fait leurs études en même temps que moi, on aime l’anglais et on aime transmettre, mais il ne faut pas s’attendre à faire du Shakespeare avec des élèves de première. En spécialité, il y a trois œuvres à choisir dans un corpus pour les premières et les terminales, et ça ouvre la porte à une étude littéraire et cinématographique. Dans la contextualisation de l’œuvre, on est un peu plus libre de faire de la civilisation pour expliquer la période, etc.

    Quelles certifications faut-il prioriser pour devenir professeur ?

    Ça dépend où vous voulez enseigner. Moi, je suis passée par l’agrégation, parce que je savais que je n’avais absolument pas envie d’être enseignante au collège. Parce que ma mère était prof au collège et ça ne m’intéressait pas du tout. C’est un public quand même moins autonome, et je n’avais pas du tout envie de gérer l’absence d’autonomie de mes élèves.
    Du coup, entre le CAPES et l’agrégation, l’agrégation est difficile à obtenir, ça demande plus de temps et donc plus de ressources. L’agrégation, c’est quand même très avantageux d’un point de vue financier, puisqu’on est bien mieux payé que quand on a le CAPES en faisant moins d’heures. Personnellement, j’ai passé le CAPES et l’agrégation, j’ai eu le CAPES durant ma première année, mais j’avais envie d’avoir une porte de sortie en cas d’échec.
    J’ai plein de collègues qui ont le CAPES et ils font le même métier que moi. Souvent, ils sont un peu plus armés, en tout cas, ils l’étaient au début de ma carrière, pour faire face à des problèmes de gestion de classe, etc. L’agrégation n’offre pas de cours de pédagogie, de pratique. Je ne savais pas ce que c’était qu’une séquence trois jours avant de commencer. Il y a beaucoup de savoirs théoriques que j’ai appris pendant mes études d’agrégation qui ne me serviront sans doute jamais.

    Par rapport à vos attentes, y a-t-il de grosses différences dans la réalité du métier de professeur ?

    En fait, je trouve que c’est un métier qui est compliqué, parce que c’est dur de débrancher. Il y a toujours quelque chose qu’on voudrait rajouter, dont on voudrait parler : quand on va visiter un musée, on se dit « ah, ça, c’est quand même sympa, je pourrais essayer de travailler sur ce thème là avec mes élèves ». C’est un peu toujours en arrière-plan, je pense que ça dépend des personnalités et il y a des gens qui ne se laissent pas envahir comme ça, mais moi, je me laisse un peu envahir par ça parfois.

    Manon Lainé
  • Entretien avec Véronique Maugé

    Véronique Maugé est une ancienne journaliste, qui après 25 ans d’expérience est finalement devenue attachée de presse, et est donc passée de l’autre côté des médias. Elle nous partage son expérience, et son point de vue sur le métier d’attaché de presse.

    Véronique, en tant qu’attachée de presse, quels sont vos tâches et responsabilités au quotidien ?

    Je me charge de médiatiser les entreprises pour lesquelles je travaille, de les rendre visibles au niveau médiatique en dehors des réseaux sociaux. Je donne une ligne éditoriale cohérente grâce aux discours que je préconise pour les médias traditionnels. Je le fais au quotidien pour trois entreprises, en tant qu’indépendante. Je ne suis pas dans une agence, je suis en free-lance. Je suis vis à vis des médias force de proposition, c’est-à-dire que je sollicite les médias pour la présentation d’un nouveau produit par exemple, et je propose des sujets transversaux pour les médias.
    Je travaille pour un domaine viticole, et par exemple, la dernière fois j’ai orienté le sujet sur le fait que ce domaine s’adapte vis à vis du changement climatique. On a parlé de l’environnement qu’ils ont crées, pour répondre à leur engagement environnemental. Je ne suis pas seulement là pour inviter la presse, je créée aussi des sujets médiatiques qui vont intéresser les lecteurs par rapport à la marque. On travail sur l’environnement de la marque.

    Et donc quelles sont les aptitudes professionnelles nécessaire pour être attaché de presse ?

    Je pense qu’il faut une forme d’humilité face à la marque, c’est-à-dire qu’il faut se dire qu’on est au service de la marque, on doit la respecter, la comprendre, et comprendre ses acteurs. Il y a bien évidement une connaissance du produit qui est requise, c’est essentiel (rires). Une capacité de créativité en terme d’informations : il ne faut pas rester frontale, il faut savoir ouvrir un petit peu les horizons et savoir la positionner sur des marchés, dans l’air du temps. Il faut être adaptable et il faut être curieux. Un attaché de presse doit avoir une très bonne connaissance du monde des médias et de leurs fonctionnements, et il doit savoir ce qu’on peut en faire.
    Je suis pas attaché de presse de formation, je suis journaliste de formation, j’ai 25 ans de presse derrière moi. Je connais les besoins des journalistes et je sais m’y adapter. De plus, la réactivité est importante : dès qu’il y a une demande on réagit immédiatement, on ne fait pas attendre, et on donne le maximum d’informations possible.
    Avoir une bonne plume est aussi important, il faut avoir des capacité rédactionnelles, être capable en peu de mots de bien donner l’information (voir même de la préparer.) C’est important de bien verbaliser ce qu’on doit présenter. Avoir aussi le sens de l’image quand on fait un communiqué ou un mail, savoir trouver la photo qui fait mouche. C’est comme un journaliste, chaque phrase et chaque image doit donner une information. Il faut que cela parle.

    Pour vous quelles sont les qualités d’un bon attaché de presse ?

    Je dirais sa disponibilité, sa réactivité, et justement sa capacité à présenter une marque sous différents angles, à trouver des angles. Et puis bien entendu c’est un bon carnet d’adresse.
    Il faut être sociable, mais on le devient dans le travail, car il faut être efficace. Une attachée de presse, quand elle discute avec les gens, elle doit apporter quelque chose, ou orienter quelqu’un vers quelque chose. Il faut passer la bonne information, de la bonne manière. Il faut aussi avoir de la constance et ne pas se démoraliser quand tous vos efforts ne payent pas, car ça arrive. Généralement, quelle est la formation requise pour faire ce métier ?
    Il y a des écoles d’attaché de presse, comme par exemple l’EFAP à Lyon. On peut aussi passer par des écoles de communication, c’est tout à fait possible, car ce métier nécessite une bonne connaissance de la communication.

    Vous avez un parcours un peu à part, comment êtes vous devenue attachée de presse ?

    C’est le résultat d’un parcours de vie. À l’époque je travaillais dans une agence de presse. J’ai suivi mon mari dans la Loire, j’ai fait, pendant quelque temps, les allers retours à Lyon. Quand c’est devenu pesant, on m’a proposé d’écrire des dossiers de presse touristiques pour le département de la Loire. En faisant un focus sur un chocolatier, ce dernier m’a proposé d’être son attachée de presse, et je me suis jetée à l’eau (rires).
    L’attaché de presse est au service des journalistes, et là je passais de l’autre côté. Ça s’est avéré très intéressant, j’éditorialise énormément les sujets que je propose, et je les écris. C’est moi qui fais le site internet, je fais des blogs. Ça a été un heureux hasard qui m’a réussi, ça a marché très vite, j’ai eu beaucoup de chance. J’ai la chance du débutant et ça continue.

    Selon votre expérience, quels sont les avantages et les inconvénients de la profession ?

    Pour moi, en inconvénients il peut y avoir la déception parfois, d’avoir beaucoup travaillé sur un sujet et qu’il ne soit pas traité correctement. Je suis très critique, alors je vois quand quelqu’un n’a pas beaucoup travaillé. De plus, on est obligé d’être toujours disponible et joignable, cela peut être un inconvénient pour certaines personnes. C’est un travail qui prend quand même beaucoup de temps. On est vraiment au service d’autrui. Mais pour moi c’est un métier utile. Les journalistes se rendent bien compte qu’on leur facilite la tâche et qu’on leur économise du temps.
    En avantages il y déjà une liberté, et puis la possibilité d’aborder pleins de sujets qui soient connectés aux produits que les marques que je représente proposent. C’est un champ très intéressant. J’aborde des tas d’angles et cela va de la gastronomie à l’économie, en passant par le social, l’écologie… qui sont au final les sujets de la société actuelle.

    Léa Jeanguyot
  • « Mon appareil photo est devenu une extension de moi-même »

    Émile Lecomte, 20 ans, photographe, évoque l’intimité, le social et sa vision du bonheur à travers la meilleure invention de ces derniers siècles : l’appareil photo. Et pas n’importe lequel : l’argentique.

    Qu’est-ce qui t’as amené à faire de la photo argentique ?

    La photo argentique est venue grâce à mon père qui pratiquait quand il avait mon âge. Il ne se sentait pas bien s’il n’avait pas de quoi développer les images. Pendant le confinement il m’a transmis le savoir du développement et du tirage. Notre salle de bain est devenue notre labo et on a ainsi pu faire beaucoup de tirages. Je pense que c’est mieux de commencer par l’argentique, ça permet de mieux capter les bases de la photo, d’apprendre la valeur d’une image. J’aime réfléchir à l’image que je vais capturer avant d’appuyer sur le bouton.

    Comment as-tu réussi à te créer un réseau en tant que jeune débutant ?

    Depuis la fin du lycée, je tente chaque année le concours de la CinéFabrique à Lyon. C’est un concours plutôt compliqué et je n’arrive jamais à passer la troisième épreuve. Cependant, y participer m’a fait rencontrer des tas de gens super, qui aujourd’hui sont devenus mes amis et de très bons conseillers. Il y avait aussi à Béziers le festival Les Chapiteaux du Livre regroupant toutes sortes d’artistes. Ma mère voyant grandir mon intérêt pour la photo m’a alors parlé de l’association La Spire qui se situe vers Béziers qui tourne autour de cet art. Je suis devenu adhérent, le plus actif même (rires), et grâce à eux j’ai pu réaliser mes premières expos dans leurs locaux.

    Comment fais-tu pour mener à bien tes projets personnels, toujours en tant qu’ « amateur » ?

    Mon premier court-métrage j’ai dû le sortir en troisième. Toujours pendant le confinement, je sortais avec mes amis dans une carrière de marbre désaffectée qui a servi à mes tout premiers projets. Ce lieu revient beaucoup dans mon travail par sa valeur émotionnelle et sa beauté. Par ailleurs, mes projets viennent aussi beaucoup par la musique, je m’imagine des images quand je mets mes écouteurs et les idées arrivent par la suite. J’ai souvent une seule image en tête ; les séries apparaissent sur le moment.

    Qu’est-ce ça t’apporte ?

    L’existence, une confiance et une libération. Depuis que j’ai commencé, la photo me permet d’exister, de m’exprimer. C’est une addiction, voilà c’est ça. Malgré les clichés qui disent que concevoir une œuvre, c’est libérer son esprit et tout ce qu’on a au plus profond de soi etc., je pense qu’avec le temps, je m’accorde avec cette façon de penser. Quand je photographie, je cherche à représenter la vision que j’ai de la beauté le plus fidèlement possible. J’ai envie que les gens se sentent bien en regardant mes photos et pour moi c’est vraiment du pur « kiffe » de partager ça.

    En tant que jeune photographe, comment fais-tu pour que les « professionnels » et les adultes te prennent au sérieux dans ton travail ?

    Ça dépend… Je sais ce que je vaux et où j’en suis, alors souvent j’y vais au culot. Il ne faut pas en abuser et délimiter la ligne à ne pas dépasser. Si je pense avoir le niveau de proposer un projet, et que les grands de ce monde ne me prennent pas au sérieux, c’est leur problème, moi en attendant je suis sûr de pouvoir mener à bien mon projet. Avec ou sans eux. Connaître son travail est super important avant de proposer quoi que ce soit. Être pris au sérieux, c’est un tout : il est nécessaire de bien s’exprimer afin de se vendre le mieux possible, de savoir où on va et surtout avoir confiance en ses capacités. Toutefois, il y a toujours des gens qui n’arrivent pas à comprendre qu’à mon âge, je puisse faire ça.

    Comment définirais-tu ton travail en deux, trois mots ?

    Je dirais que mon travail touche à la fois au social mais aussi aux côtés intimes de mes sujets.

    Pénélope Cros
  • The Elephant Man

    Fiche technique
    RéalisateurDavid Lynch
    Date de sortie1980
    Durée2h04

    Beaucoup de personnes redoutent le cinéma de David Lynch. Nombreux sont ceux qui n’ont « rien compris » à Mulholland Drive ou à Lost Highway. Nombreux sont ceux qui repoussent encore le moment de plonger dans cet univers si particulier.
    The Elephant Man est un bon point de départ. Âmes sensibles, s’abstenir : j’ai commencé le film en larmes, je l’ai terminé de la même façon.

    La peur de l’autre, la peur de la différence sont encore profondément ancrées dans notre société. À la sortie du cinéma, tout le monde dit : « C’est horrible, c’est si triste. » Mais ce n’est malheureusement pas du passé.

    Comment ne pas se remettre en question après avoir vu The Elephant Man ?

    Charline Villedieu
  • Peau d’Âne

    Fiche technique
    RéalisateurJacques Demy
    Date de sortie1970
    Durée1h30

    Sous ses couleurs pastel et sa féérie, Peau d’Âne raconte une histoire troublante : celle d’une princesse contrainte de fuir l’inceste, en se revêtant de la peau d’un âne. Inspiré du conte de Perrault, Jacques Demy en magnifie toute l’ambiguïté. Dans cet univers singulier où les chevaux sont peints de rouge et de bleu, la magie côtoie le tabou. Les robes éclatantes de la princesse – couleur du soleil, de la lune, du temps –, contrastent violemment avec la peau d’âne, brute et réelle. Mais réduire Demy à ses décors féeriques serait une erreur. Derrière l’enchantement, il joue avec l’inconfort, enveloppant une histoire dérangeante d’un voile onirique. Catherine Deneuve, elle, traverse ce monde empreint de noirceur avec une douceur singulière, en vous apprenant à cuisiner un cake d’amour. Et lorsque que viendra la dernière image, que l’écran deviendra noir, ne vous étonnez pas d’avoir la sensation de sortir d’un rêve.

    Ninon Demange